Vie inutile?

J’ai 70 ans et je suis profondément croyante. En ce moment je pense beaucoup à la mort, pas de façon dépressive mais parce que la vie ne me motive plus guère. J’ai des problèmes de santé importants et je souffre tous les jours de violentes douleurs malgré la morphine. Mais je supporte ces douleurs en les offrant à Dieu. Et s’il me faut les endurer encore et encore je l’accepte. Mes enfants me donnent toute satisfaction mais ils vivent loin de moi dans une autre région. Ma vie de couple est insatisfaisante et j’ai le sentiment de n’être utile à personne. Alors je me dis que si je devais mourir enfin je me trouverais face à Notre Seigneur en qui je place toute ma confiance. Je sais que je suis pécheresse et qu’il me faudra expier mes fautes mais j’ai confiance en Lui et je prie beaucoup la sainte Vierge. Est ce un péché de vouloir mourir lorsque la vie devient morne ? Je ne comprends pas mon utilité sur terre….

Tout d’abord soyez assurée de notre sympathie dans votre situation. Nous espérons que notre réponse pourra vous aider. Nous comprenons de vos propos que vous avez des problèmes de santé importants, même si nous ne savons pas dans quelle limite ils sont invalidants ou non. Cela influe sur notre réponse.

La souffrance physique est une chose et des méthodes existent pour cela. De ce que nous savons, les progrès de la médecine devraient permettre de vous soulager. Si la morphine que vous prenez n’est pas suffisante, peut-être que cela vaudrait le coup de demander d’autres avis pour voir si vous pourriez être mieux prise en charge? En tous cas, nous n’avons pas de compétence pour cela et ne nous donnerons pas de conseil en la matière.

Le sentiment d’inutilité est très courant lorsqu’on est en mauvaise santé. Rien n’est cependant plus faux. Vos enfants sont loin. Cela ne veut pas dire que vous êtes inutile pour eux, même inconsciemment. Nous en avons fait concrètement l’expérience: même diminué ou absent, un parent est toujours un point d’ancrage pour une personne, fut-elle adulte. Les parents sont ce qui maintient le lien dans un fratrie, une référence qui reste. C’est encore plus vrai pour les petits enfants, quand bien même on ne les voit que très rarement. La perte d’un parent ou d’un grand parent est toujours un vide considérable.

Vous dites que vous pensez à la mort et, en fait, votre fatigue de vivre mais sans que cela soit dépressif. Cela demande peut-être d’être regardé de plus près. Etre déprimé est normal quand on est malade, surtout avec des enfants loin et “une vie de couple insatisfaisante”. Vous gagneriez peut-être à vous faire aider par un professionnel qui vous accompagnera pour faire la clarté sur les aspects fondamentaux de votre vie. En tous cas, pouvoir parler à une personne compétente nous semble fondamental.

Selon votre degré de validité, un engagement d’Eglise serait aussi une manifestement concrète aux yeux de Dieu. Ce peut-être un engagement très simple, comme une permanence en paroisse, des visites à des personnes isolées etc. Si vous ne pouvez pas sortir de chez vous, ne serait-ce qu’un engagement formalisé dans la prière peut être une vraie aide. Plusieurs formules de “monastères invisibles” existent. La foi est de croire que votre prière, même immobile chez vous, portera du fruit, autant que de la part de moniales contemplatives dans leur couvent.

Enfin, les sacrements sont une aide précieuse pour vous soutenir dans votre chemin de vie. Aller à la messe ou, si vous ne pouvez pas, vous faire porter la communion, est indispensable. Beaucoup de paroisses sont organisées pour cela. Si votre état de santé ne vous permet pas d’accomplir votre devoir d’état, avez-vous reçu le sacrement des malades? Il est justement fait pour cela: recevoir la force du Seigneur pour traverser la maladie, y compris sur le plan psychologique et, bien sûr, spirituel. Ce sacrement permet aussi l’absolution des péchés. De toutes façons, nous vous recommandons une confession la plus régulière possible, au moins une fois par mois. Ce sera un très bon rempart pour que les tentations de désespoir et d’acédie – c’est exactement ce que vous décrivez – s’éloignent de vous. Le Seigneur nous appelle à recevoir “la vie, et la vie en surabondance” (Jn 10, 10) jusqu’au bout.

Qu’Il vous garde jusqu’à la vie éternelle!

Vie inutile?
5 (100%) 1 vote