Vaccins non éthiques (suite)

Cette question fait suite à votre article : https://www.reponses-catholiques.fr/le-vatican-autorise-t-il-la-vaccination-a-arn-messager/ Vous écrivez : “Sur la question de l’ARN messager, le texte précise que le St Siège n’a pas à se prononcer sur la technique elle-même, qui relève du domaine scientifique.” L’Église s’est prononcée sur d’autres techniques médicales telle que la FIV (PMA) par exemple. Moralement, il me semble que c’est tout à fait à l’Église de juger du caractère éthique de telle ou telle technique scientifique alors pourquoi pas dans ce cas. Ensuite, il me semblait que moralement, on ne doit jamais commettre un mal même si c’est en vue d’un bien (la fin ne justifie pas les moyens). En quoi les vaccins non éthiques seraient-ils une exception ? Sans être directement responsable des embryons avortés qui ont permis la fabrication de tels vaccins, on cautionne et ferme les yeux malgré tout cette pratique en achetant ce genre de vaccin. Un boycott massif de ces vaccins en particulier inciterait les laboratoires pharmaceutiques à revoir leurs pratiques du point de vue éthique.

Il y a plusieurs points dans cette question.

1° Nous sommes bien d’accord que l’Eglise peut, et même doit, se prononcer sur les implications éthiques d’un vaccin. Mais pas sur sa technique. Nous avons d’ailleurs bien dit qu’elle avait qualifié le caractère immoral de vaccins élaborés à un stade ou un autre avec des embryons avortés. Nous ne voyons pas pourquoi la question prétend que ces méthodes seraient cautionnées. Cependant, c’est le fait d’utiliser des embryons avortés qui est dénoncé. Pas les techniques de conceptions en elles-mêmes.

2° Or, la question initiale était « Le Vatican autorise-t-il la vaccination à ARN messager ? » Il a répondu qu’il n’avait rien à dire sur la technique elle-même. Pour le dire autrement, si ces vaccins n’utilisent pas de cellules d’embryons avortés, on ne voit pas pourquoi ils seraient immoraux. De même, des vaccins n’utilisant pas l’ARN messager mais conçus avec des cellules d’embryons avortés n’en sont pas éthiques pour autant.

3° Pour la PMA, ce ne sont pas les techniques qui sont critiquées par l’Eglise, ce sont plusieurs autres points : a) le fait de créer des embryons surnuméraires abandonnés à leur sort ; b) la PMA avec tiers-donneur ; c) le fait de rendre artificielle la procréation, alors qu’elle est un don de Dieu, de même que la contraception artificielle n’est pas admise dans la foi catholique. C’est donc le principe même. A l’inverse, l’Eglise n’a jamais écrit que le principe même de la vaccination est condamnable. D’ailleurs, Louis Pasteur était un fervent chrétien.

4° Comme il n’existe pas en Europe, pour l’instant, de vaccins contre la COVID 19 sans cellules d’embryons avortés (quoique le vaccin Curevac en cours d’homologation sera peut-être dans ce cas. L’affaire est à suivre de près), qu’ils soient à ARN messager ou non, la question devient : que faire ? Or, il n’est pas exact, en théologie morale catholique, de dire qu’ « on ne doit jamais commettre un mal même si c’est en vue d’un bien ». Ce qui est vrai, c’est qu’on ne doit pas commettre un mal certain, pour un bien hypothétique. Si le bien est certain, on arrive alors à la théorie du moindre mal  et ses critères. En particulier, la mesure est-elle proportionnée (le bien est supérieur au mal commis) et la seule possible ? La légitime défense qui est bien admise en théologie morale, par exemple, est un mal certain mais pour un bien certain supérieur.

Du coup, ce qu’il faut se demander, c’est, si le mal de la vaccination est certain, le bien l’est-il ? On peut raisonner à l’échelle individuelle : une personne n’est pas sûre d’attraper la covid, donc le mal de la vaccination ne justifie pas un bien hypothétique, à savoir être protégée d’une maladie qu’elle n’aurait peut-être pas eue. Mais à l’échelle collective, il est certain que le vaccin évitera des maladies et des morts. En outre, les vaccins ont une efficacité très forte, pouvant aller 95%. Leur efficacité est donc quasi-certaine. En l’absence d’alternative, le choix du St Siège peut se justifier.

5° Boycotter les vaccins conçus avec des embryons humains ? En théorie, l’idée peut s’entendre. Mais, en l’absence de vaccin alternatif accessible, il convient de prendre en considération les points suivants :

  • La vaccination a déjà bien avancé (plus de la moitié de la population en Israël)
  • Il faut se poser la question des personnes vulnérables que l’on risque de contaminer
  • Le choix du boycott n’est peut-être pas trop difficile pour une personne en bonne santé et dans la force de l’âge. Mais qui prendra la responsabilité de laisser mourir une personne âgée ou fragile dont on a la charge (parents ou grands-parents n’ayant plus toutes leurs facultés, personnes handicapées etc), ou risquant fortement de contaminer les autres (soignants) ?

Ce qui est sûr, c’est que la plupart des gens ignorent tout de l’usage d’embryons humains dans ces vaccins, nous l’avons constaté. Pour obliger les chercheurs et entreprises pharmaceutiques à abandonner ces pratiques, il faut effectivement que les chrétiens en parlent et dénoncent ces procédés. Le St Siège l’a fait à sa façon, avec prudence mais sans passer sous silence le problème moral. Le lecteur attentif aura remarqué que c’est nous qui avons mis ce sujet sur le tapis dans notre réponse sur l’ARN messager, pour contribuer à cette prise de conscience.