Une relation homme-femme anachronique ?

La statue de saint Paul place Saint-Pierre

Question : J’ai entendu récemment, lors d’une messe dominicale, la fameuse lecture de saint Paul où il est dit : « Femmes, soyez soumises à vos maris. » Je ne comprends pas que l’Eglise continue à proposer un texte aussi archaïque pour la liturgie.

 

Tout d’abord, il faut préciser que l’Eglise n’a pas le pouvoir de manipuler l’Ecriture sainte. Le Christ lui a confié le dépôt de la Révélation et elle doit le transmettre, comme dit encore saint Paul « à temps et à contretemps ». Le discours des Apôtres sur l’esclavage a dû, lui aussi, être dur à entendre dans l’Antiquité et, pourtant, il était vrai et juste.

S’agissant de ce texte de saint Paul, je crois qu’il faut le lire globalement. Non pas ce verset seul, qui, effectivement, choque facilement nos oreilles contemporaines, mais dans l’ensemble du passage qui traite des relations entre homme et femme dans le mariage.

Ce texte est un si bel éloge du sacrement de mariage que je ne résiste pas au bonheur de vous le citer intégralement – citation d’autant plus opportune, ces temps-ci, qu’il semble que la beauté du mariage échappe à beaucoup de nos dirigeants ! Pour ceux qui voudraient le retrouver dans leur bible, il se trouve dans l’épître aux Ephésiens au chapitre 5:

Ainsi prenez bien garde à votre conduite ; qu’elle soit celle non d’insensés mais de sages, qui tirent bon parti de la période présente ; car nos temps sont mauvais ; ne vous montrez donc pas inconsidérés, mais sachez voir quelle est la volonté du Seigneur.

Ne vous enivrez pas de vin : on n’y trouve que libertinage ; mais cherchez dans l’Esprit votre plénitude. Récitez entre vous des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés ; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur. En tout temps et à tout propos, rendez grâces à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus Christ.

Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ.

Que les femmes le soient à leurs maris comme au Seigneur : en effet, le mari est chef de sa femme, comme le Christ est chef de l’Église, lui le sauveur du Corps ; or l’Église se soumet au Christ ; les femmes doivent donc, et de la même manière, se soumettre en tout à leur maris.

Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église : il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne ; car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée. De la même façon les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Aimer sa femme c’est s’aimer soi-même. Car nul n’a jamais haï sa propre chair ; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin. C’est justement ce que le Christ fait pour l’Église : ne sommes-nous pas les membres de son Corps ?

Voici donc que l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair : ce mystère est de grande portée ; je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église.

Bref, en ce qui vous concerne, que chacun aime sa femme comme soi-même, et que la femme révère son mari.

Une fois que vous l’avez lu entièrement, la critique ne tient plus. Ne reste plus qu’un admirable éloge du sacrement de mariage.

Ce qu’il faut, c’est donc voir dans ce texte la double image : la femme, image de l’Eglise, et l’homme, image du Christ. L’une invitée à se soumettre à son mari, mais d’une soumission qui n’a rien à voir avec l’esclavage ; l’autre invité à se livrer pour sa femme. Personne ne peut imaginer qu’il soit insultant pour une femme d’être considérée comme image de l’Eglise. Personne non plus ne peut imaginer que l’homme soit invité à jouer les autocrates dans son foyer. La réalité, c’est que saint Paul décrit une relation d’amour, la plus haute qu’il puisse proposer à notre regard, celle qui lie le Christ et l’Eglise, pour décrire la relation conjugale.

Même si les mots sont sans doute éloignés de ceux que nous utilisons aujourd’hui, je ne comprends pas comment certains peuvent considérer que saint Paul est misogyne ou hostile au mariage. Songez qu’il écrit au Ier siècle, où les femmes sont légalement « mineures ». Bien loin d’être misogyne, saint Paul dit aux femmes qu’elles sont images de l’Eglise et dit aux hommes qu’ils doivent se livrer pour leurs épouses, comme le Christ pour l’Eglise – c’est-à-dire, si les mots veulent dire quelque chose, jusqu’au don suprême de sa vie.

NB : J’en profite pour rappeler que, même si, dans le mariage, l’homme est image du Christ, il est aussi membre de l’Eglise et qu’il doit donc lui aussi se soumettre librement et amoureusement à son Seigneur, dans cette relation dont son épouse lui donne l’exemple.

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