Un Pape hérétique?

La condamnation du Pape Honorius Ier par le VIe Concile oecuménique m’oblige à poser cette question : Un Pape peut-il tomber dans l’hérésie ?

L’accusation et la condamnation pour hérésie du Pape Honorius Ier est un classique de la rhétorique anticatholique, qu’elle soit d’inspiration protestante ou gallicane, car elle justifierait de réfuter le dogme de l’infaillibilité pontificale. Le lecteur qui voudra en savoir plus sur cette question compliquée pourra consulter l’article de Wikipedia qui est assez bien fait : https://fr.wikipedia.org/wiki/Honorius_Ier. Le lecteur voulant des explications plus substantielles pourra se référer à l’Histoire des dogmes du jésuite Bernard Sesboüé. Le livre n’est pas tout récent mais il fait encore largement autorité.

Pour faire court, le Pape Honorius a accepté en 634 un compromis du patriarche de Constantinople, Serge, à propos de l’articulation entre la double nature et la volonté du Christ: contre les monophysites qui affirmaient que le Christ n’a qu’une nature, divine, la proposition de Serge confirme la double nature divine et humaine, du Christ. Mais elle implique une unique volonté commune au Fils, Deuxième Personne de la Trinité, et Jésus, l’homme. Cette doctrine, appelée monothélisme, a été ensuite déclarée hérétique au IIIe Concile de Constantinople, le VIe Concile œcuménique de la question, en 681 : le Christ a bien deux volontés, l’humaine étant subordonnée à la divine.

Le Concile condamne donc l’approbation d’Honorius Ier et le déclare anathème, condamnation qui sera confirmée ensuite par le Pape Léon II.

Tous les antipapistes de l’Histoire se sont ensuite engouffrés dans cette brèche : un pape a un jour été condamné pour hérésie et, par conséquent, le dogme de l’infaillibilité pontificale ne peut être accepté. Or, leur argumentation n’est pas tenable :

– Le consensus historique est actuellement que le Pape Honorius a été abusé sur le fond, ce qui l’a amené à être trop conciliant sur la forme en acceptant un compromis bancal et, finalement, théologiquement erroné

– Il n’a jamais admis que le Christ aurait deux volontés, mais simplement que les deux volontés ne pouvaient être en contradiction et étaient donc en syntonie parfaite

– Un de ses successeurs, Agathon, a affirmé reprendre la tradition de ses prédécesseurs sur cette question de la double volonté du Christ, sans exclure Honorius. Il y a donc bien continuité de doctrine, y compris via Honorius Ier

– Honorius a donc pu commettre une faute en termes de prudence, certainement pas une hérésie.

Il n’en reste pas moins que la condamnation par Constantinople III et Léon II est très gênante. La constitution Pastor Aeternus du Concile de Vatican I a du réétudier le problème pour pouvoir proclamer le dogme de l’infaillibilité pontificale :

– Sur le fond, il n’y a pas de faute de doctrine d’Honorius

– Sur la forme, ses propos condamnés étaient dans le cadre d’une lettre au Patriarche Serge et non dans celui d’un concile ou ex cathedra. Il n’était donc pas dans une situation où le dogme de l’infaillibilité joue. Son erreur n’enlève donc rien à la pertinence ce dogme.

Du coup, un Pape peut-il tomber dans l’hérésie ?

– S’il est dans les conditions où le dogme de l’infaillibilité s’applique, un catholique croit – c’est un acte de foi – que non

– Dans les autres cas, nous ne pouvons pas spéculer sur le futur

– Mais nous pouvons affirmer que ce n’est jamais arrivé par le passé.

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