Un catholique peut-il apostasier?

Comment est “traité” l’apostasie dans la religion chrétienne et plus spécifiquement, de manière catholique ? Je pose cette question car un musulman m’a interrogé sur cette question. J’ai expliqué, espérant ne pas m’être trompé, que nous respectons la liberté religieuse. Bien qu’il est possible que dans une Nation catholique, l’apostat peut-être “mis au ban” de la société par son entourage, mais que la société civile n’exprime pas les mêmes pratiques que les musulmans sur cette question. Ma réponse est-elle bonne?

Dans l’ensemble, la réponse est plutôt bonne, même si elle demande quelques précisions. L’apostasie est un péché très grave, peut-être le plus grave qui soit, puisqu’il consiste à renier Dieu, ce qui conduit à l’athéisme, ou le Christ, pour changer de religion ou aller vers une spiritualité pas forcément athée mais non religieuse, comme le font les adeptes des sagesses orientales et « nouvelles spiritualités », qui sont si nombreux de nos jours.

Par conséquent, l’apostasie peut conduire à l’excommunication. Cela dépend un peu des circonstances et du statut de l’apostat : si c’était sous la contrainte ou non, certaines influences, si c’était public ou privé, si l’apostat était un prêtre ou un fidèle laïc, s’il a prêché ou promu l’apostasie publiquement, entrainant d’autres à sa suite etc. Les conséquences ne sont pas du tout neutres sur le plan spirituel et ecclésial.

Il est important de le préciser pour ne pas mal interpréter le respect de la liberté de conscience, depuis Dignitas Humanae et le Concile de Vatican II. La liberté de conscience que l’auteur de la question a exposée, à juste titre, à son interlocuteur musulman, ce n’est pas non plus l’open bar du « spi ».

Il n’en reste pas moins que, surtout quand on compare à l’attitude de nombreux musulmans à ce propos, peut-être de l’Islam lui-même, l’Eglise catholique enseigne cette liberté de conscience. Un homme a le droit de chercher la vérité selon sa conscience.

S’il rejette sa foi catholique, ou sa foi tout court, les chrétiens sont invités à espérer qu’il soit appelé à s’en repentir, à prier avec ferveur pour cela et, autant que possible, à dialoguer avec lui pour l’amener à réfléchir. Il peut bien sûr arriver que certains se brouillent avec leur famille ou leurs amis, et soient exclus socialement. Mais, force est de constater que, dans nos sociétés occidentales, c’est plutôt l’inverse qui se produit : un athée qui découvre le Christ, ou simplement un catho tiède qui devient fervent risquent bien plus d’être mal vu par leur entourage, de perdre des amis, de se disputer en famille etc.

Car, nous doutons fortement qu’il existe où que ce soit une « nation catholique ». Certes, la religion catholique est religion d’Etat dans quelques pays, comme à Monaco, mais ces cas sont rares. Et nous doutons encore plus fortement qu’un Monégasque qui cesserait d’être chrétien ait le moindre ennui. Dans des pays confessionnels comme le Liban, où la religion des citoyens est indiquée sur leurs papiers d’identité, bien des Libanais se disent « chrétien athée ». C’est une distinction entre le temporel et le spirituel que plusieurs Musulmans sont en peine de comprendre, ce qui est la source de nombreux problèmes.

Ce qu’il est important d’expliquer à un Musulman, c’est peut-être aussi que ce n’est pas une évolution récente de l’Eglise face à la déchristianisation : on prônerait la liberté de conscience et la possibilité d’apostasier tout simplement parce que les pouvoirs civils nous empêcheraient de faire autrement. Dès les premiers temps de l’Eglise, l’Eglise catholique (ce que les historiens et les patristiciens appellent la « Grande Eglise » par opposition aux divers groupes hérétiques) a accepté d’accueillir à nouveau ceux qui avaient apostasié sous la pression des persécutions. St Cyprien de Carthage (c’est l’occasion de rappeler en passant, à propos de Cyprien, que les gens étaient chrétiens au Maghreb avant la conquête musulmane et qu’un Maghrébin qui devient chrétien n’apostasie pas: il renoue avec la foi de ses pères), par exemple, a fortement combattu l’hérésie de Novatien, qui, lui, exigeait l’exclusion définitive des lapsi, ceux qui avaient accepté de sacrifier aux idoles pour échapper aux persécutions. L’Eglise prend en compte sur le temps long nos faiblesses, nos chutes et nos erreurs. En vue de notre repentir et notre rédemption jusqu’au dernier moment.