Turpitudes de papes et leur infaillibilité

Les vices de certains Papes ne remettent-ils pas en question la position selon laquelle, le Pape est choisi est assisté de l’Esprit-Saint, et que celui-ci garantit au Pape l’infaillibilité ? Comment en tant que catholique, doit-on regarder ces attitudes ? En effet, il y a eu des Papes qui, durant leurs fonctions, en tant que prêtre, évêque et Pape, ont eu une vie contestable au regard de la foi chrétienne. Je mentionnerai à titre d’exemple quelques noms: Benoît IX (qui organise des orgies à Rome), Sixte IV (homosexuel avéré, l’historien et inquisiteur espagnol Juan Antonio Llorente rapporte qu’il autorisa la sodomie durant les mois d’été à cause « de l’ardeur brûlante que provoque cette saison»), ou encore le pape Jules III (qui eut une longue relation amoureuse avec le cardinal Innocenzo Ciocchi del Monte). D’autres noms, comme ceux de Jules II, Léon X, Alexandre VI, Jean XII….la liste est longue. Cela me perturbe énormément en tant que catholique et me donne l’impression d’une incohérence. Merci à vous de m’éclairer sur la question.

Il y a plusieurs dimensions dans cette question

1° Sur le plan dogmatique, nous y avons déjà répondu : https://www.reponses-catholiques.fr/impeccabilite-et-infaillibilite/. Tout d’abord, le Pape n’est infaillible que des certaines circonstances, lors d’un concile et lorsqu’il s’exprime ex-cathedra, uniquement sur des questions de foi et de mœurs.  Ensuite, son infaillibilité dans ces conditions limitées ne garantit absolument pas qu’il soit impeccable, c’est-à-dire sans péché. Aucun homme n’est sans péché et d’ailleurs, les papes incriminés dans la question n’ont jamais prétendu l’être.

2° Sans rentrer dans le détail de la vie de chaque pape visé, sur le plan historique, il convient de nuancer le point de vue. C’est toute la vie et l’action de chacun qu’il faut analyser. L’auteur de la question pointe uniquement des problèmes de mœurs (sauf, peut-être pour Jules II). Certes, c’est important, surtout pour une personne consacrée et encore plus pour un pape. Mais ils ont pu agir pour le bien de l’Eglise et de l’humanité sous d’autres angles.  Certains, malgré leurs mœurs douteuses, ont pu prendre des décisions théologiques, pastorales, culturelles, scientifiques ou politiques qui ont pu avoir des répercussions très positives. C’est le cas d’Alexandre VI dans le domaine des arts et des sciences, et celui de lui-même et Jules II pour garantir l’indépendance de la papauté face aux puissances temporelles. Si le gallicanisme n’a pas triomphé en France rendant l’Eglise inféodée à un pouvoir laïcard agressif, s’il y a encore une église catholique vigoureuse en Grande-Bretagne, si l’Eglise a résisté au nazisme ou au communisme, si Solidarnosc a pu faire tomber le rideau de fer et s’il existe une Eglise non inféodée à Xi Jiping en Chine, c’est un peu grâce à ces papes-là et leur défense sourcilleuse de leur souveraineté qu’on le doit.

3° En outre, il conviendrait d’étudier cas par cas les « vices » exacts reprochés car, dans certains cas – pas tous mais certains – ils ne sont que le fruit de la propagande protestante d’abord, puis des Lumières, de communistes et maintenant de militants LGBT. Ce qui est reproché à Alexandre VI, encore lui, est largement exagéré. Quant à Léon X, c’est monté de toutes pièces, comme nous l’avons expliqué dans notre article : https://www.reponses-catholiques.fr/fausse-citation-de-leon-x/.

4° Il reste un autre aspect, le spirituel. Tous ces exemples datent au plus tard de la Renaissance. Si quelqu’un est perturbé dans sa foi dans l’Eglise – rappelons que c’est un article de foi du Credo – à cause de turpitudes, réelles ou supposées, de quelques papes il y a 5 siècles si ce n’est pas 10 ou 12, c’est que sa foi n’est pas bien solide. Il est urgent de l’approfondir  avec une vraie démarche spirituelle. Plutôt que de lire des ragots propagés par Voltaire sur des papes, peut-être vaudrait-il mieux lire les textes de Thérèse d’Avila. Elle e eu affaire à des supérieurs et des ecclésiastiques, et même le Pape, parfois particulièrement bornés et tendancieux. Cela ne l’empêche pas de se dire « Fille de l’Eglise ». Ou encore faire une retraite selon les Exercices spirituels de St Ignace. A la fin des Exercices, on apprend à sentir avec l’Eglise… Comme Ignace l’a fait en mettant sa Compagnie de Jésus au service du Pape, avec un 4e vœu spécial d’obéissance au Pape que les jésuites font. Cela alors même qu’Ignace ne se gênait pas pour critiquer les Papes à qui il a eu affaire, Paul III et Paul IV, qui n’étaient pas des prix de vertu. La bonne question est alors, où est la plus grande gloire de Dieu ?

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