Transsubstantiation

 

Question: le mot de “transsubstantiation” n’est-il pas trop compliqué pour les hommes de notre temps? Il semble terriblement “daté” et médiéval.

Il est certain que le mot “transsubstantiation” est médiéval. C’est saint Thomas d’Aquin qui, utilisant la philosophie d’Aristote, a expliqué, avec ce mot, ce qui se passe à la consécration.

Cependant, je ne crois pas que le mot soit trop compliqué et je ne crois pas non plus qu’il soit “daté”.

Je ne crois pas qu’il soit compliqué, car la plupart des fidèles sont parfaitement capables de comprendre ce qu’est la substance d’une chose, sa réalité profonde au-delà des apparences. Chacun comprend intuitivement qu’il existe une substance de l’être humain au-delà de l’apparence qui différencie les hommes des femmes, les blancs des noirs, les enfants des adultes, etc. Je veux dire que chacun comprend que ce que nous voyons d’une chose n’épuise pas la réalité de cette chose. Pour le dire autrement, la substance, c’est l’essence ou encore ce qu’on a appelé en latin médiéval la quidditas (le “ce que c’est”).

Et, si l’on comprend que la substance, c’est le “ce que c’est” (pardon pour ce jargon!). On comprend sans difficulté ce qu’est la “trans-susbstantiation”: c’est le changement de ce “ce que c’est”.

Lors de la consécration, ce qui était du pain est devenu autre chose: le Corps du Christ, même si, par ailleurs, les accidents du pain (on pourrait dire: l’apparence) n’ont pas changé.

Le mot lui-même n’est donc pas spécialement compliqué. C’est la réalité même que désigne le mot qui est prodigieuse et qui dépasse notre entendement.

Par ailleurs, jene crois pas non plus que le mot soit “daté” – au sens où il faudrait le remplacer par autre chose. Personnellement, je ne suis hostile à des évolutions théologiques. On peut fort bien approfondir la foi eucharistique de l’Eglise en dehors des catégories d’Aristote et de saint Thomas. Mais on ne peut pas nier que ce qui se passe à la consécration soit un changement de substance. Et je ne vois pas bien quel mot pourrait traduire, dans une autre langue que celle de saint Thomas, cette réalité-là.

Quand j’entends dire qu’il faut utiliser un mot plus simple que “transsubstantiation”, je tremble toujours. Non pas que je sois ennemi de la simplicité, bien au contraire. Mais parce que, dans le cas général, en rejetant le mot, on rejette aussi la réalité qu’exprimait le mot. Et on ne peut pas être catholique si on ne croit pas qu’à la consécration, le prêtre réalise ce miracle prodigieux – plus prodigieux encore que celui de notre création à partir du néant – de transformer le pain en Corps du Christ. Non pas symboliquement, non pas seulement au sens où ce pain signifierait le don suprême du Christ, mais réellement, substantiellement.

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