Tradition et Ecriture

purgatoire

Question: L’Eglise peut elle enseigner une doctrine qui ne soit pas exprimée dans l’Ecriture? 

 

L’Enseignement de l’Eglise catholique (le « Magistère ») est fondé en tout premier lieu sur l’Ecriture. Ce principe a été réaffirmé au Concile de Vatican II. Nous affirmons que TOUS les articles de foi qu’un catholique doit croire (les « dogmes ») sont fondés dans la Bible. Cependant :

 

  • le lien à l’Ecriture est plus ou moins direct, et donc plus ou moins difficile à appréhender pour une personne qui n’est pas formée en théologie
  • La présence dans l’Ecriture n’est pas suffisante pour qualifier un article de foi. L’Ecriture doit être interprétée et, dans l’Eglise catholique, elle est interprétée à la lumière de la Tradition de l’Eglise : les écrits des Pères de l’Eglise, des théologiens, des Papes et des évêques, des Docteurs de l’Eglise
  • Certains points de foi ne sont pas fondés dans l’Ecriture mais un catholique n’a pas forcément à y croire. Il peut y croire : les apparitions mariales reconnues par l’Eglise, par exemple.

 

L’Ecriture est Parole de Dieu mais écrite par la médiation des hommes. Elle doit donc être contextualisée et interprétée. L’Eglise a toujours rejeté une lecture littérale de la Bible qui ne peut que conduire au fondamentalisme. A l’inverse, plusieurs interprétations sont toujours possibles et ne se valent pas. Comme l’ont fait remarquer plusieurs théologiens, lors des tentations du Christ au désert, le Diable aussi interprète l’Ecriture, mais dans un sens qui ne conduit pas au salut. D’où l’apport indispensable de la Tradition et l’explicitation nécessaire par l’Enseignement de l’Eglise.

 

Prenons un exemple pour un dogme de la foi catholique particulièrement critiqué par les non-catholiques : le Purgatoire. Il est très répandu d’entendre que c’est une construction du Moyen Age totalement déconnectée de la Bible, C’est totalement faux. Certes, la doctrine à ce sujet s’est construite pas à pas au fil du temps. Mais elle se fonde dans le Deuxième livre des Maccabées. Le contexte est une guerre de libération juive contre l’occupant macédonien qui tentait d’interdire la religion juive pour la remplacer par un culte commun à tous les peuples de l’Empire.

 

Le chapitre 7 nous présente le martyre de sept frères qui meurent dans d’atroces tortures parce qu’ils refusent de renoncer à respecter la Loi juive, sous les encouragements de leur mère. Au fur et à mesure de leur exécution, ils exposent à leurs bourreaux macédoniens leur foi en une vie après la mort, leur consolation auprès de Dieu, la résurrection de leur corps martyrisés, tandis que leurs tortionnaires seront jugés à la fin des temps et soumis à une punition éternelle : vie éternelle, résurrection de la chair, Jugement dernier, paradis, enfer… Les dogmes chrétiens sur la fin des temps et l’au-delà sont ainsi définis.

 

Au chapitre 12, des Juifs morts au cours d’une bataille contre les Macédoniens sont découverts porteurs d’amulettes porte-bonheur représentant des dieux païens. C’est un péché très grave d’idolâtrie et ils devraient être considérés comme damnés. Mais d’un autre coté, ils sont morts pour défendre la religion de leurs pères. Le chef Juda Maccabée ordonne donc de faire des sacrifices et de prier pour le salut de leur âme : ce qui est exactement de principe du Purgatoire.

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