Toute beauté est-elle bonne ?

Pardon d’avoir résumé une très intéressante, mais très longue question, aussi abruptement. Le correspondant hésite, « si c’est beau, est-ce toujours bien ? », « la beauté esthétique est-elle forcément bonne ? », « puis-je oublier les mœurs dépravées de l’auteur d’une si belle œuvre ? ». Pour le dire d’une autre façon, un peu caricaturale : Caravage ou Champaigne ? Gesualdo ou Palestrina ? Picasso ou Gaudi ? Sachant que les uns ont été des « voyous » et les autres des chrétiens convaincus, à défaut d’être des saints (quoi que le dernier soit en passe d’être béatifié).

Pour prendre un autre exemple, comment ne pas être fasciné par l’œuvre du peintre Francis Bacon (1909-1992), tout en étant en même temps horrifié par ce qu’elle semble révéler de son âme ? (Le secret de celle-ci nous appartenant pas). À l’inverse, on pourrait se demander s’il n’y a pas, chez certains artistes dit « maudits », plus d’aspirations authentiquement spirituelles (même manquées), voire d’intuitions mystiques fulgurantes, que certains tacherons récipiendaires de l’étiquette d’artistes « catholiques » ou chrétiens ?

La question est embarrassante, mais passionnante. Il faudrait développer bien davantage, pour ne pas simplifier à outrance. Je vous livre cette réflexion d’un auteur contemporain qui, me semble-t-il, ouvre un chemin fécond : « Par sa composition chimique, le diamant est identique au charbon ; mais, tandis que celui-ci étouffe la lumière, le diamant la fait resplendir. Par conséquent, la beauté peut être définie comme « transformation de la matière au moyen de l’incarnation, elle, d’un autre principe supérieur, supra matériel ». Aussi est-elle l’expression d’une « idée ». Or, l’unique idée capable de réunir tout le cosmos, est la personne du Christ ; par conséquent, la beauté est christologique. Et le Christ incarne est la beauté suprême, puisqu’il est le rayonnement du Père : « Qui me voit, voit le Père » (Jean 14, 9) » (T. Spidlik, L’idée russe).

Au fond, pour tenter d’avancer, on peut commencer par dire que le beau est lié au bien et au vrai, et que c’est dans la mesure où on peut y trouver cette convergence qu’une œuvre d’art, un artiste, peuvent faire l’objet d’une appréciation qui ne soit pas purement esthétique. Sinon, ne risque-t-on pas de faire de la beauté une idole, une fin en soi.

Voilà quelques éléments de réponse, pour entamer le dialogue.

Abbé Hervé Courcelle Labrousse

Toute beauté est-elle bonne ?
Notez cet article