Théologie sacramentelle, pénurie de prêtres et laïcs

La théologie sacramentelle catholique a été élaborée à une époque où chaque paroisse avait un prêtre. Aujourd’hui, avec la raréfaction des prêtres, des fidèles âgés ou handicapés, n’ont plus accès à l’eucharistie, à la réconciliation ou au sacrement des malades. St Thomas dit que la puissance de Dieu n’est pas limitée par les sacrements. Que conseiller aux laïcs qui continuent d’accompagner ces personnes ?

Pas tout à fait. La théologie sacramentelle a été élaborée sur plusieurs siècles et cela commence dès le Nouveau Testament, puisque tous les sacrements ont un fondement biblique. Donc, à des époques et des conditions très variables, y compris d’intenses persécutions et de clandestinité, les sacrements ont pu se déployer.

La question n’est donc pas tellement de théologie sacramentaire mais d’organisation ecclésiale. Nous n’avons pas la bonne réponse car, si quelqu’un l’avait, cela se saurait. Plusieurs solutions sont possibles et testées dans différents diocèses. C’est même pour répondre à ce genre de questions qu’a été publiée Querida Amazonia : le problème du manque de prêtres étant aussi présent en Amazonie. Et, sans pousser trop loin l’analogie avec l’Amazonie, le manque de prêtres est le reflet de la déchristianisation, certes, mais aussi de l’abandon de nos campagnes et nos banlieues. Il n’y a pas davantage de médecins, services publics ou banques. La différence, c’est que le christianisme est une religion de l’incarnation, où les sacrements impliquent le corps. Une messe ne se remplace pas par une téléconsultation (une consultation médicale ou avec un conseiller bancaire peut être pas tant que cela non plus, mais ce n’est pas notre sujet).

Ce constat fait, hormis l’Eucharistie, le manque de prêtres n’est pas rédhibitoire pour les autres sacrements, qui sont généralement administrés lors de célébrations solennisées où on regroupe tous les fidèles concernés (mettons de côté la question de la crise sanitaire actuelle, qui rend plus difficiles ces regroupements. Elle n’a pas empêché les sacrements d’être administrés, à coup de reports, célébrations en tous petits comités, prises de rendez-vous individualisées) :

  • Le Sacrement des Malades est aussi administré collectivement lors de cérémonies prévues pour cela et les choses s’organisent pour transporter les malades. D’où l’intérêt de le recevoir sans attendre la dernière extrémité, pour l’avoir eu au moins une fois avant sa mort si aucun prêtre n’est disponible au moment des derniers instants
  • Le manque de prêtre et la distance géographique deviennent davantage un problème pour le Sacrement de Réconciliation. Mais, là aussi, des journées sont prévues avant les grandes solennités, au minimum Noël et Pâques, pour regrouper les personnes désirant le recevoir. Et le principal problème de ce sacrement, c’est la pénurie de pénitents, pas de confesseurs !

Reste l’Eucharistie. Face à la pénurie de prêtres, une partie de la question peut se résoudre par une organisation bien structurée qui permet de regrouper les messes et y amener les personnes non mobiles. Cela repose donc sur l’engagement des laïcs à tous les points de chaine : covoiturage, accueil dans les paroisses et au téléphone pour renseigner les fidèles (combien « loupent » la messe sur la foi d’une affiche indiquant des horaires périmés à la porte d’une église ?), port de la communion aux malades etc.

Plus globalement, l’engagement de laïcs en aumônerie d’hôpital, dans la pastorale des funérailles, tous les mouvements d’action catholique, est crucial pour permettre l’accès aux sacrements. C’est tout un écosystème qui le permet et cela ne repose pas que sur les épaules du prêtre.

En outre, comme le dit l’auteur de la question, la vie de foi n’est pas que sacramentelle. Les groupes de prière, de partage biblique, l’accompagnement spirituel en font partie. Des laïcs peuvent l’animer.

On le voit bien, les paroisses les plus vivantes sont celles où des prêtres et/ou consacrés, même peu nombreux, dynamisent, un territoire et où les laïcs s’engagent. Les communautés charismatiques ou certains monastères ont su bien orchestrer cette vie de foi, y compris en zone rurale. Ces laïcs ont besoin de se former, d’être accompagnés, animés. Cela demande, là aussi une implication du diocèse mais aussi des personnes intéressées, en temps et en argent : aller au diocèse ou à la paroisse à des sessions de formation et d’animation, suivre des cours en ligne, constituer des équipes de partage entre personnes ayant une mission d’Eglise, même en visioconférence etc.

La France est une terre de mission. C’est connu depuis le livre de ce titre en 1941. L’effort est énorme et les causes de découragement nombreuses. Pourtant, des initiatives fleurissent, dont on peut s’inspirer. Et les missions, de tous temps et partout dans le monde ont commencé avec quelques individus : une poignée de prêtres, de femmes consacrées, puis de catéchistes locaux (au sens large de tous laïcs en mission). Le néopaganisme actuel n’est pas plus solide que celui de l’Antiquité ou des terres lointaines. L’athéisme systémique ne se porte pas mieux que le christianisme. Il n’y a donc pas de raison objective que la mission ne porte pas ses fruits.

Le tout est de prier et de réfléchir pour susciter des prêtres, des femmes consacrées et des catéchistes. La réponse nous semble davantage là que dans la théologie sacramentelle.