Subsistit: précisions d’un lecteur

 

Nous devons à la bienveillance de Jacques Camredon ces très utiles précisions, suite à notre article sur le “subsistit in”. Elles nous ont semblé suffisamment utiles pour faire l’objet d’un article à part entière.

 

La traduction en français du “subsistit in” de Lumen Gentium par “subsiste” pour qualifier la continuité de l’Église catholique avec “l’unique Église du Christ” (“c’est dans l’Église catholique qu’elle subsiste” écrit la Constitution conciliaire) affaiblit  le caractère permanent et ontologique de l’identité de l’Église d’aujourd’hui, avec l’Église fondée par Jésus Christ. Car le terme subsiste implique une idée de dégradation, de vestige, de résidu qui donne une image appauvrie de l’Église actuelle héritée de son Fondateur.

C’est si vrai qu’il a fallu une Déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le 6 août 2000 pour clarifier le sens des termes “subsistit in” et confirmer l’interprétation traditionnelle reçue quod ubique, quod semper , quod ab omnibus (partout, toujours et par tous; règle de St Vincent de Lérins vers 431).
Ce fut la ferme Déclaration Dominus Iesus du Bienheureux Jean-Paul II, dont il n’est pas inutile de rappeler le paragraphe 17 (chapitre IV):

Les fidèles sont tenus de professer qu’il existe une continuité historique — fondée sur la succession apostolique— entre l’Église instituée par le Christ et l’Église catholique: « C’est là l’unique Église du Christ […] que notre sauveur, après sa résurrection, remit à Pierre pour qu’il en soit le pasteur (cf. Jn 21,17), qu’il lui confia, à lui et aux autres apôtres, pour la répandre et la diriger (cf. Mt 28,18ss.), et dont il a fait pour toujours la “colonne et le fondement de la vérité” (1 Tm 3,15). Cette Église comme société constituée et organisée en ce monde, c’est dans l’Église catholique qu’elle se trouve [subsistit in], gouvernée par le successeur de Pierre et les Évêques qui sont en communion avec lui». Par l’expression subsistit in, le Concile Vatican II a voulu proclamer deux affirmations doctrinales: d’une part, que malgré les divisions entre chrétiens, l’Église du Christ continue à exister en plénitude dans la seule Église catholique; d’autre part, « que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures »,c’est-à-dire dans les Églises et Communautés ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l’Église catholique. Mais il faut affirmer de ces dernières que leur « force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique ».

 

Il convient toutefois de rappeler que les textes conciliaires qui font foi, et eux seulement, sont EN LATIN. Nous avons l’habitude, fâcheuse, de prendre les textes traduits comme référence. Or, les traductions françaises sont hélas trop souvent réductrices, minorant la bonne doctrine, voire la trahissant.

Or, le latin dit “subsistit in”, du verbe “SUBSISTERE”; si l’on prend le dictionnaire Gaffiot Latin-Français nous voyons tout de suite que parmi d’autres significations, subsistere  veut dire “rester, demeurer”. Cela change la philosophie du texte dont le sens devient alors parfaitement limpide et traditionnel. Je précise que d’autres dictionnaires, par exemple le Dictionnaire réalisé avec le concours de Jean-Claude Hassid et Jean-Paul Woitrain pour internet ( http://www.prima-elementa.fr/Dico.htm) propose pour subsistere, parmi  TRENTE ET UNE traductions différentes, le verbe ÊTRE.

Si l’on ajoute que “subsistere” dérive du mot très aristotélicien de “subsistentia“, qui signifie ce qui reste permanent sous les accidents contingents et variables, on est fondé à voir dans “subsistit in” l’équivalent de “est” qui définit alors l’absolue continuité et identité qu’il y a entre l’Église fondée par le Sauveur et la notre aujourd’hui.

On peut alors se demander pourquoi des traductions du texte du Concile ont utilisé l’imprécis et équivoque “SUBSISTER” plutôt que le verbe ÊTRE qui marque sans ambiguïté l’identité irrévocable et amoureuse de l’épouse et de son Divin ÉPOUX.
Dieu écrit droit avec des lignes courbes dit un proverbe portugais. N’est-ce pas alors afin de susciter , quelques décennies après, la magnifique Déclaration Dominus Iesus, qui met un terme péremptoire aux élucubrations syncrétistes et aux opinions hasardeuses sur la pluralité des moyens et des voies de salut.

On en revient ainsi, qu’on l’aime ou non, à l’antique formule « hors de l’Église point de salut ».

Non que l’on ne puisse se sauver, parfois, à l’extérieur, mais les moyens et les instruments efficaces et universels du salut dans leur totalité et leur plénitude, c’est bien à l’Église catholique que Jésus Christ les a confiés.

Dieu peut sans aucun doute envoyer sa grâce directement dans les âmes, mais il a voulu un canal privilégié qui est comme l’Incarnation continuée et qui dispense infailliblement la Foi qui produit l’Espérance et la Charité. Car la Charité est « la vérité sous les habits de l’amour .»(Lacordaire 2° conférence de Carême à Notre Dame 1835).

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