Statut des livres liturgiques gallicans

Question: Les diocèses de France, et certainement du monde, ont adoptés les livres liturgiques romains au milieu du XIXe siècle. Ma question est donc la suivante :
Quel est le statut actuel des rites gallicans qui, bien que n’étant plus pratiqués, furent ceux de nos pères jusqu’à un petit siècle et demi?

Tout d’abord, il n’est pas vrai que tous les diocèses du monde ont adopté les livres liturgiques romains si tardivement. Le cas de la France est lié au problème spécifique du gallicanisme. En Italie ou en Espagne, la réforme liturgique consécutive au concile de Trente a été adoptée beaucoup plus tôt.

La réforme tridentine a adopté un principe général: tout prêtre de l’Eglise latine pouvait célébrer (sans demander l’autorisation de ses supérieurs, et même, dans le cas général, malgré l’interdiction de ses supérieurs) la liturgie romaine, codifiée par saint Pie V (même si elle remonte beaucoup plus haut dans le temps). Par ailleurs, tout rite pouvant justifier de plus de 200 ans d’existence au moment de la réforme conservait droit de cité. C’est ainsi que le rite lyonnais, le rite ambrosien, le rite dominicain, ou le rite cartusien ont continué à être célébré jusqu’à la réforme de Paul VI.

La difficulté, pour répondre à la question, c’est que les avis divergent sur la portée de la réforme de Paul VI. Pour certains, la réforme de Paul VI a créé un nouveau rite latin, à côté de l’ancien rite romain et des autres rites latins. Pour d’autres, l’ensemble des rites latins ont été abrogés et remplacés par le rite de Paul VI. On pourrait encore imaginer (même si je ne crois pas que la thèse ait jamais été défendue) que la réforme de Paul VI a remplacé le rite romain traditionnel, mais laissé subsister les autres rites latins. Bref, la première question serait de connaître avec précision le statut du rite de Paul VI par rapport aux rites latins traditionnels.

Malgré ces doutes, je crois que l’on peut dire la chose suivante: les anciens rituels gallicans, dans la mesure où ils étaient des rites latins ne justifiant pas de 200 ans d’existence, ont été abrogés par la réforme tridentine (plus exactement, le rite romain traditionnel a “absorbé” l’antique liturgie gallicane et ce que nous appelons aujourd’hui liturgie tridentine est, à certains égards, la continuation de la liturgie gallicane de l’époque carolingienne). Et, dans la mesure où ils n’étaient que des variations légitimes, propres à un diocèse (comme la fête de tel saint ou la récitation de telle prière à telle époque de l’année), ces rites gallicans ont subsisté légitimement au sein de la liturgie romaine traditionnelle?.

Bref, les livres liturgiques gallicans n’ont plus (sauf pour le cas spécifique du rite lyonnais, expressément maintenu par la réforme tridentine) place dans la liturgie latine. Mais certaines spécificités diocésaines peuvent parfaitement être maintenues.

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