Spiritisme et dévotion aux saints

J’aimerais savoir en quoi le spiritisme et l’invocation des morts interdits par Dieu dans Deut. 18,10-12, sont différents de l’invocation des saints.

On peut répondre au moins de deux manières à cette question : une manière scientifique et une manière théologique. Les deux se complétant très bien.

1° Sur le plan de l’exégèse et des sciences religieuses, on peut déjà faire remarquer que ce n’est qu’à partir du IIe siècle av. J.-C., dans le Deuxième Livre des Maccabées et dans le Livre de Daniel, que les Juifs croient clairement en la résurrection des corps, au Salut éternel et à la présence des âmes des justes auprès de Dieu (ce qu’on peut appeler « Paradis », le mot venant du persan « jardin »). Avant cela, les chercheurs débattent pour savoir s’ils y croyaient dans d’autres livres comme celui de Job ou certains psaumes tardifs.

Ce qui fait assez consensus, c’est que le Deutéronome a été rédigé au moment de l’Exil à Babylone, au VIe siècle av. J.-C., et que les événements qu’il évoque sont censés se passer à une époque bien plus antique, au IIe millénaire av. J.-C. Il est à peu près certains que les Hébreux ne croyaient pas encore à une vie après la mort, autrement que dans le sheol, le séjour des ombres, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Le chapitre 28 du Premier livre de Samuel illustre l’interdiction d’invoquer les morts de Dt 18. Dans cet épisode, la nécromancienne d’Ein Dor fait revenir, à la demande de Saül, Samuel du sheol, et c’est un péché très grave de Saül.

Une fois la foi dans le salut éternel et la résurrection acquis, au IIe siècle av. J.-C., les morts considérés comme sauvés sont des justes, qui sont auprès de Dieu, dans la Béatitude divine.

2° C’est là qu’on peut aborder la question sous un angle théologique, qui est celle du débat entre Jésus et les saduccéens sur la résurrection. En Mc 12, 18-27, l’argument du Christ est que Dieu dit à Moïse : « ‘Moi, je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob’ … Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Vous vous égarez complètement. ». Ou encore, dans la Parabole du riche et du pauvre Lazare (Lc 16, 19-31) : aux versets 22-24, « Le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut à son tour, et on l’enterra. Du séjour des morts, où il souffrait cruellement, il leva les yeux et aperçut, très loin, Abraham, et Lazare à côté de lui. Alors il s’écria: ‘Abraham, mon père, aie pitié de moi! Envoie donc Lazare, qu’il trempe le bout de son doigt dans l’eau et me rafraîchisse la langue, car je souffre horriblement dans ces flammes.’ ».

Bref, dans ces deux épisodes, le Christ lui-même nous dit que :

  • Contrairement aux morts enfermés dans le sheol des époques précédentes, les justes (que les chrétiens appelleront les saints) sont auprès de Dieu et en relation avec lui
  • On peut leur demander de l’aide ; en langage théologique, leur intercession.

Par conséquent « faire revenir » des morts dont on ne sait pas s’ils sont saints ou non par le biais du spiritisme ou demander l’intercession de saints qui sont auprès de Dieu – autrement dit, au Ciel – ce n’est pas du tout la même chose.

 

Spiritisme et dévotion aux saints
4.3 (85.71%) 7 votes