Se libérer de son histoire familiale

Tout au long de ma vie (j’ai 73 ans) j’ai tenté de mettre en pratique les commandements de Dieu et d’ouvrir mon coeur aux autres. En retour, j’ai souvent, par naïveté ou faiblesse, était maltraitée, critiquée par ceux que je voulais aimer et je me retrouve aujourd’hui amère et triste. J’ai tenté de respecter et d’aimer ma mère mais depuis sa mort il y a deux ans je ne peux m’empêcher de penser que mon mal être provient peut-être de son comportement alors que je n’étais qu’une petite fille car elle me tapait sans raison, me ridiculisait devant les autres, me tenait des propos négatifs, me traitant d’idiote, de paresseuse et prédisait que je raterai ma vie en épousant un ivrogne …. Elle a été ainsi presque toute ma vie et j’ignore si elle m’aimait … parfois je me dis que oui, d’autre fois j’en doute. Je n’ai pas réussi de vie professionnelle, cumulant les petits boulots, me suis mariée deux fois cumulant les échecs, et de mes deux enfants seul mon fils est tendre et attentif envers moi. Ma fille réagit souvent avec le même esprit critique qu’avait ma mère ! J’ai mis du temps à me protéger des remarques acerbes, et du coup me suis isolée des autres que je ne supporte plus … Je suis pourtant très consciente de ce que ma mère m’a apporté tout au long de ma vie (nous nous sommes toujours fréquentées) et je n’ai jamais jalousé ma soeur qui a été sa préférée ce dont elle ne se cachait d’ailleurs pas … Beaucoup, beaucoup plus tard, (j’étais déjà une femme âgée), ma mère s’est montrée brusquement plus gentille, employant des mots caressants à mon encontre ce qui d’ailleurs me déstabilisait par manque d’habitude. Et voici ma question : comment peut-on respecter et aimer son parent lorsqu’il est à l’origine d’une vie ratée par manque de confiance en soi, et d’une souffrance cachée qui m’a parfois donnée envie de mourir… aujourd’hui je me dis que je lui ai pardonné mais je sens que ça ne veut rien dire… une part de moi l’aime et l’autre part déteste mon enfance …Je suis heureuse d’être croyante car c’est ce qui me permet de tenir dans cette vie où je ne vois que trop les défauts humains et où je n’ai aucune confiance en personne …. 

Le pardon, c’est ce qui est « par delà le don » et c’est une grâce. Il est reçu du Dieu et c’est parce qu’Il nous pardonne que nous pouvons pardonner à d’autres. Tout ça pour dire qu’il ne se décrète pas et qu’il est imprudent de le plaquer un peu trop vite sur une situation douloureuse. Comme le dit la question fort justement, dire qu’on a pardonné sans tout un travail préalable ne « veut rien dire » et risque de faire refouler ce qui devrait sortir. Comme le dit Jacqueline Morineau, la fondatrice de la Médiation humaniste, tant que le « cri », la souffrance ne s’est pas exprimé, la réconciliation ne peut se faire.

Si quelqu’un a vécu des maltraitances de la part de sa mère et si cela a induit des schémas de répétition et des échecs dans sa vie, cette personne doit d’abord se réconcilier avec son histoire et avec sa mère (et son père? Où était-il?). Ce n’est pas un obstacle que cette dernière soit décédée. Le problème n’est pas à proprement parler théologique, ni même spirituel. Il est d’abord humain. Pour cela, le travail en psychothérapie est d’une grande aide, que ce soit par la psychanalyse, les constellations familiales ou d’autres méthodes.

A notre sens, ce travail de vérité et de mise à jour est nécessaire pour passer au niveau supérieur, le spirituel. Les retraites de guérison intérieure, qu’on les appelle « agapè-thérapie », « évangélisation des profondeurs », « session anamnèse » au Chemin Neuf, peuvent aider. Elles permettent de prendre en compte ses blessures, mais aussi son ambiguïté – la colère contre la mère, la connivence avec certains comportements etc – et de les présenter au Seigneur. C’est Lui qui va guérir. Ces démarches incluent des phases de pardon aux autres, mais aussi à soi-même, grâce au Sacrement de Réconciliation. Il n’est jamais trop tard et nous ne pouvons que les recommander.

Le ressentiment à l’égard de l’autre doit être perçu et mis à jour pour être guéri, il n’y a pas à en être culpabilisé. Le commandement du Seigneur, c’est « Honores ton père et ta mère ». Il ne dit pas de les aimer. Encore moins d’accepter leurs maltraitances. Mais il aide à faire la part des choses entre ce qu’ils nous ont donné et leur propre faiblesse : si la mère de l’auteur de la question est devenue plus affectueuse à la fin de sa vie, qui sait si elle n’a pas fait un travail sur elle, ou si sa propre vulnérabilité dans sa vieillesse ne lui a pas « fait baisser la garde » ?

En tous cas, c’est un rapport plus ajusté à sa mère et la restauration de son être qui permet des relations plus apaisées aux autres.

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