Scrupules

Je tiens à préciser avant de poser mes questions que j’ai un caractère assez scrupuleux ; j’ignore totalement à quel point ce qui suit est de l’ordre du scrupule. Ayant été baptisé à ma naissance, je me suis éloigné de Dieu et de l’Église dans mon adolescence, et je suis même allé jusqu’à dire que je n’étais pas chrétien. Grâce à Dieu, j’ai aujourd’hui recouvré la foi. Suis-je toutefois frappé d’excommunication latæ sententiæ pour apostasie ? Je précise que je doutais fortement, et il me semble que par moments j’avais totalement rejeté la foi, au moins en mon for intérieur. Une autre cause possible d’excommunication est la profanation des saintes espèces : il m’est arrivé de jeter à la poubelle une substance se trouvant entre mes dents, et de me rendre alors compte qu’il aurait pu s’agir d’une parcelle d’Hostie consacrée (j’ignorais à l’époque qu’une Hostie ne se mâche pas). Je n’ai pas retrouvé cette parcelle dans la poubelle, mais en il en restait sur mes doigts. J’ai fait l’hypothèse que rien ne s’était détaché de mes doigts lorsque je les avais agités au-dessus du sac poubelle, et ai jeté ce dernier (et j’ai bien sûr consommé ce qui restait sur mes doigts). Y a-t-il ou non profanation, et si oui, y a-t-il ou non excommunication ? Par ailleurs, j’ai lu dans un ouvrage appelé « dictionnaire des cas de conscience » que les excommuniés ne pouvaient pas assister au Saint-Sacrifice de la Messe ni à l’Office Divin, et que parler à un excommunié était une cause d’excommunication. Je n’ai pas retrouvé cela dans l’actuel code du droit canonique. Dois-je m’abstenir d’assister à la Messe et de parler à mes amis ou à ma famille en attendant la levée de mes (éventuelles) excommunications ? Je vous remercie par avance pour votre réponse, car j’ai lu tout et son contraire sur le sujet.

L’apostasie est une chose grave. Donc, si l’auteur de la question a une chose à retenir de notre réponse, c’est d’aller de toute urgence se confesser auprès d’un prêtre ayant les facultés pour donner l’absolution pour les péchés réservés. Son diocèse peut les indiquer ou, plus simplement, il peut s’adresser à un religieux d’un des grands ordres historiques qui ont ces facultés d’office : bénédictin, franciscain, dominicain, jésuite etc.

Pour ce cas-ci, nous recommandons parmi eux tout particulièrement un jésuite parce que ces derniers ont étudié la spiritualité de St Ignace de Loyola. Ils savent donc à quel point ce dernier a expérimenté que les scrupules sont une plaie dans la vie spirituelle et un grand danger pour l’âme. C’est exactement ce que nous voyons ici.

Car enfin, on n’excommunie pas les gens latae sententiae comme ça. Cela relève de règles canoniques précises, qui peuvent avoir de nombreuses circonstances atténuantes ou cas particuliers, surtout s’agissant du for interne (ce qui est le cas ici). Sauf à les maitriser parfaitement avec les diplômes canoniques et le mandat de l’évêque requis, le lecteur n’a pas à excommunier à tort et à travers, fusse lui-même.

Si le lecteur se sent un appel particulier à faire les poubelles, pourquoi ne s’engagerait-il pas auprès de l’association ASMAE, fondée pour poursuivre l’œuvre de Sœur Emmanuelle ? Cette dernière souhaitait soulager la misère des chiffonniers du Caire. Voilà une bonne manière d’être solidaire de ses frères chrétiens et de faire un acte de charité tout court. Nous pensons que cela aidera grandement à guérir de scrupules disproportionnés. Une autre manière de lutter contre ces scrupules serait d’intégrer les enseignements sur la discipline des sacrements. Il faudrait commencer par une formation sérieuse en la matière avant de prétendre juger des profanations ou non profanations.

Par ailleurs, le Code de droit canonique est fait pour les canonistes et les dictionnaires des cas de conscience étaient, jusqu’au début du XXe siècle, pour les confesseurs. Non seulement nous doutons qu’un prêtre sérieux en utilise encore, mais quand bien même ce serait le cas, ce n’est certainement pas au pénitent de s’auto-évaluer et de discerner dans son coin sans accompagnement de personnes formées et mandatées par l’Eglise pour cela. Le lecteur qui souhaite absolument en consulter un pourra lire cependant avec profit le manuel que St François de Sales, le « Docteur de l’Amour », a publié à l’adresse de ses confesseurs : Saint François de Sales au Confesseurs, Paix et joie dans l’Esprit Saint, Prêtres de Saint-François de Sales n° 2-302, novembre 2016. Il pourra se faire une idée de l’esprit dans lequel la saine Doctrine de l’Eglise aborde les cas de conscience.

Enfin, les personnes excommuniées (par exemple divorcées-remariées) sont encouragées à participer autant qu’elles peuvent à la vie de l’Eglise et à sa liturgie. Comme elles ne peuvent communier, il leur est par exemple vivement recommandé de se présenter dans la procession de communion les bras croisés pour recevoir une bénédiction de la personne donnant la communion, et manifester ainsi leur communion de désir. Les groupes d’accompagnement spirituel à leur égard se multiplient. Comment serait-ce possible si on ne peut pas leur parler ? Par conséquent, si le risque éventuel d’être excommunié conduit à ne pas prier la Liturgie des heures, ne pas assister à l’Eucharistie, et à manquer de la plus élémentaire charité en ne parlant pas à ses frères, il n’y a pas besoin d’être St Ignace de Loyola pour discerner d’où cela vient. Ce n’est, sans ambigüité, pas une inspiration du bon esprit. Et pour cela, un seul remède : aller prier et voir un accompagnateur spirituel sérieux.

 

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