Sainteté, condition ouvrière et déchristianisation (2/3)

Je ne connais pas de saints qui aient été ouvriers, syndicalistes ou autres employés d’usine, donc vérifiez bien si c’est à l’Eglise catholique -donc la doctrine chrétienne- et à la liturgie qu’il faut reprocher la déchristianisation de la France et du monde. Car le problème est mondial. Le protestantisme se complet -et complète- dans une grille d’analyse marxiste, avec des œillères de classe sociales comme une prison, en lieu et place de la condition. Or il s’est toujours compté des saints de toute condition. (2/4)

Puisque l’auteur de la question nous dit ne pas connaître des saints ouvriers, syndicalistes ou employés d’usine, nous avons la joie de l’informer qu’il en existe, à commencer par St Jean Paul II, qui a travaillé en usine. Par ailleurs, pour rester en Pologne, les syndicalistes de Solidarnosc, par exemple, ont peut-être davantage fait pour la vie chrétienne en Europe et pour l’éradication des erreurs du communisme que bien des autres catholiques d’autres professions. Nous incitons nos lecteurs à ne pas spéculer sur leur absence de sainteté, en attendant leur décès et d’éventuelles causes de béatifications si elles sont ouvertes un jour. Nous confirmons donc bien la conclusion de la question : « il s’est toujours compté des saints de toute condition », y compris ouvrière.

Ce n’est pas pour rien que les stages ouvrier, pratiqués par les étudiants en école de commerce ou d’ingénieur, sont apparus d’abord dans les écoles d’ingénieur jésuites : faire vivre à de futurs cadres une expérience du travail d’ouvrier ou d’employé fait partie de leur construction humaine, pourquoi pas spirituelle, autant que managériale.

Ceci dit, sur le sujet de la déchristianisation, rappelons ce que le Christ nous dit : « Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle » (Mt 16, 18). Nous affirmons que la déchristianisation ne se fait pas par des facteurs extérieurs, mais qu’elle provient d’abord de l’apostasie, ou au minimum de la tiédeur, des chrétiens. En particulier lorsqu’ils sont des ministres ordonnés ou des laïcs faisant partie de l’élite ayant eu une éducation religieuse.

Puisque la question rebondit sur des articles à propos du marxisme, rappelons que les parents de Marx étaient des Juifs qui s’étaient convertis au protestantisme et que Marx était donc chrétien. C’est un chrétien qui a propagé une doctrine gravement erronée, avec les conséquences que l’on sait. En France, nombreux étaient les philosophes des Lumières et les révolutionnaires qui étaient, soit d’anciens prêtres, soient avaient été éduqués chez les Pères : Diderot, St Just, Talleyrand, Robespierre etc. Staline a été séminariste, Fidel Castro avait fait ses études chez les jésuites etc.

La propagation de l’islam elle-même s’est faite d’abord à cause de l’apostasie des chrétiens, à commencer par des clergés d’églises hérétiques qui ont préféré se convertir en masse par anti-byzantinisme. St Jean Damascène, évoqué dans un article précédent, a été un des rares fonctionnaires du calife de Damas à rester chrétien… Et ça lui a coûté sa carrière.

L’acédie spirituelle et l’absence d’intelligence de la foi des chrétiens, et non des moindres dans l’Eglise, sont donc bien plus à la racine de la déchristianisation, quand ils cessent d’instruire les simples fidèles à la foi du charbonnier, et d’apporter des réponses cohérentes à leurs questions.

Pour ce qui est du protestantisme, Marx étant protestant, nous venons de le dire, il est possible qu’il ait été influencé par le protestantisme. Nous pensons cependant que l’influence de l’utilitarisme de Bentham ou la philosophie de Hegel ont été bien plus déterminantes dans sa pensée. Et Luther ayant vécu trois ou quatre siècles avant Marx, nous ne voyons pas comment il aurait pu être influencé par une grille d’analyse marxiste. Que des penseurs protestants soient imprégnés de marxisme, certainement. Mais enfin, cela est vrai aussi pour des catholiques. C’est justement ce que la Congrégation pour la Doctrine de la foi a reproché aux théologiens de la Libération.

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