Sacralisation de Marie?

J’ai du mal à croire à la sacralisation de la Vierge Marie. Les Quatre Evangiles (Matthieu, Marc, Luc et Jean) évoquent peu la présence de Marie, la mère de Jésus. 1) Sur la naissance de Jésus et la “virginité” de Marie, peu de détails. Matthieu (chapitre 1, 18) “Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte par la vertu du Saint-Esprit, avant qu’ils eussent habité ensemble”.Marc: rien Luc: (chap. 1,31) L’ange Gabriel, “et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus”. (1,34) “Marie dit à l’ange: comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d’homme?” (1,35)” L’ange lui répondit: “le Saint-Esprit viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. + (chap. 2,7): “elle enfanta son fils premier-né”. Jean: rien. Par contre, on trouve plusieurs passages qui indiquent que Jésus est sensé appartenir à une fratrie (donc que Marie aurait accouché d’autres enfants), et aussi quelques extraits qui montrent une attitude “surprenante” de Marie. Matthieu : (chap. 12,47,48,49,50) “Comme Jésus s’adressait encore à la foule, voici, sa mère et ses frères qui étaient dehors, cherchèrent à lui parler. Quelqu’un lui dit: voici, ta mère et tes frères sont dehors, et ils cherchent à te parler. Mais Jésus répondit à celui qui le lui disait: qui est ma mère, et qui sont mes frères? Puis, étendant la main sur ses disciples, il dit: voici ma mère et mes frères. Car, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère” Marc (chap.3, 21) : « Les parents de Jésus, ayant appris ce qui se passait, vinrent pour se saisir de lui ; car disaient-ils, il est hors de sens », (donc Marie récuse son fils!) (chap. 3,31,32,33,34,35) “Survinrent sa mère et ses frère, qui, se tenant dehors, l’envoyèrent appeler. La foule était assise autour de lui, et on lui dit: voici ,ta mère et tes frères sont dehors et te demandent. Et il répondit: qui est ma mère, et qui sont mes frères? Puis, jetant les regards sur ceux qui étaient assis tout autour de lui: voici, dit-il, ma mère et mes frères. Car, quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, et ma mère” Et plus loin, (chapitre 6, 3)”n’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous ?” LUC (chap. 2, 48) “quand ses parents le virent, ils furent saisis d’étonnement, et sa mère lui dit: mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous? Voici, ton père et moi nous te cherchions avec angoisse. Pourquoi me cherchiez -vous? Ne saviez -vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père?”+ (chap. 8, 20,21) “ta mère et tes frères sont dehors et ils désirent te voir. Mais il répondit: ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique.” JEAN (chap. 2 ,12 )”après cela, il descendit à Capernaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils n’y demeurèrent que quelques jours”  2) Sur la mort de Jésus: Chez Matthieu, Marc et Luc, Jésus meurt abandonné de sa famille de ses amis, donc de sa mère., et Simon de Cyrène porte la croix. Matthieu (chap. 27,32) “Lorsqu’ils sortirent, ils rencontrèrent un homme de Cyrène, appelé Simon, et ils le forcèrent à porter la croix de Jésus”+ Joseph d’Arimathée (recueille le corps du Christ et le dépose dans un sépulcre taillé dans le roc” ). Aucune présence de Marie. Marc (chap.15, 21) “Ils forcèrent à porter la croix de Jésus un passant- qui revenait des champs, Simon de Cyrène”. Aucune présence de Marie LUC (chap. 23) “ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix, pour qu’il la portât derrière Jésus”+ Joseph d’Arimathée. Aucune présence de Marie. JEAN Seul Jean atteste la présence de Marie, la mère de Jésus, au pied de la croix, avec d’autres femmes. Et c’est Jésus qui porte la croix: ( chap. 19 ,17) “Jésus portant sa croix, arriva au lieu du crâne, qui se nomme en hébreu Golgotha” (chap19, 25) “près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Copas, et Marie de Magdala”  Pourtant la perception de Marie va grandement évoluer grâce à 4 “dogmes officiels” (c’est à dire des vérités de foi chrétienne”) 1) En 431, lors du concile d’Ephèse, le pape Martin Ier proclame le dogme de la maternité divine, de la virginité perpétuelle de Marie, mère de Dieu. La tradition catholique n’a jamais interprété à la lettre la mention des frères et sœurs de Jésus. Entièrement consacrée à son Fils unique, Marie, mère de Dieu, ne pouvait pas avoir d’intimité conjugale ni avoir connu la souillure de l’accouchement. Ainsi on s’interroge sur la forme qu’aurait pris le Saint-Esprit pour pénétrer dans le corps de Marie (un rayon lumineux ? la visite d’un ange? ),ou pour accoucher (pour Bossuet, l’enfant sort de sa mère « comme un trait de lumière »). Marie est donc restée vierge et pourtant a enfanté. 2) En 649, le concile du Latran consacrera l’expression « toujours vierge”. Est énoncé de façon dogmatique que « Jésus a été conçu de l’Esprit Saint sans semence ». 3) En 1854 le pape Pie IX définit le dogme de “l’Immaculée Conception de Marie”, née préservée du péché originel. Il proclame comme vérité de foi : « la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel “4) Enfin, ce n’est qu’en 1950 que le pape Pie XII a solennellement défini que Marie « a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste » (l’Assomption). En fait, jamais Les Evangiles n’évoquent la fin de Marie: à ce sujet, le Nouveau Testament est muet. Ce sont des textes apocryphes et des légendes qui ont comblé ce vide, et ont dit qu’elle “serait montée au ciel rejoindre Dieu et son fils” . Et ce n’est donc qu’en 1950 que cette croyance devint un dogme religieux!

L’auteur de la question (si on peut appeler ça une question. Cela nous semble plutôt une longue conférence) a bien raison de ne pas croire à la sacralisation de la Vierge Marie. Personne ne la sacralise, et surtout pas l’Eglise catholique. L’Eglise l’a canonisée, ce n’est pas la même chose : être saint et être sacré, ce n’est pas pareil et nous renvoyons les lecteurs voulant creuser ce thème aux travaux de Mircea Eliade ou de René Girard pour comprendre la différence.

Sur la plupart des thèmes abordés, renvoyons à nos articles précédents : Dévotion à Marie — Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr); Apocalypse 12 et Immaculée Conception — Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr) ; Pourquoi l’Immaculée Conception? — Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr) ; Les “frères” de Jésus — Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr); Conception virginale dans la Bible (1/3) — Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr) ; Conception virginale et salut du Christ (2/3) — Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr) ; Conception virginale et liberté humaine (3/3) — Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr) ; Est-ce bien une vierge qui enfante l’Emmanuel? — Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr).

Notons, en particulier, que les Evangiles n’évoquent pas la fin de Marie (comment le feraient-ils ? Ils s’arrêtent à la fin terrestre de Jésus). Mais les Actes des Apôtres n’évoquent pas la fin de St Paul ou St Pierre et ça n’a pas empêché leur canonisation. Quant à Marie, c’est le texte d’Apocalypse 12 qui sert de fondement scripturaire à l’Assomption, comme l’explique notre article. Quant à sa présence discrète dans les Evangiles, c’est une de ses caractéristiques: être auxiliatrice discrète mais efficace de son Fils. La qualité plutôt que la quantité.

Pour ce qui est du dogme de Marie Mère de Dieu, rappelons que le Concile d’Ephèse est reconnu par les églises catholique, protestantes et orthodoxes. Même les Nestoriens qui le rejetaient ont signé un texte de compromis et ne sont plus en porte-à-faux. Car tout chrétien confesse une foi trinitaire et nous avons en commun le Credo pour cela. S’il ne le fait pas, comme les Témoins de Jéhovah, il n’est tout simplement pas chrétien. Or, puisque Dieu est Trinité, Le Fils est Dieu, donc Jésus est Dieu, donc sa mère est Mère de Dieu, donc Marie est mère de Dieu. CQFD.

En effet, le Credo proclame que le Fils « est né de la Vierge Marie ». C’est donc un article de foi pour tout chrétien. Article incontestable car l’Ecriture est très claire là-dessus. Il est, à ce propos, sidérant de voir que l’exégèse qui nous est livrée néglige des versets majeurs quant à la virginité mariale : Lc 1, 27 en particulier, où le terme employé est parthenôn (déclinaison de parthenos), soit une « vierge » au sens propre. Quant à dire que Mathieu ne dit « rien » là-dessus, c’est très étonnant quand on lit l’Annonciation à Joseph (Mt 1, 18-25). Comme l’Annonciation à Marie, il faut la lire du début à la fin !

D’ailleurs, l’auteur de la question se contredit en citant la scène du recouvrement au Temple « quand ses parents le virent, ils furent saisis d’étonnement, et sa mère lui dit: mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous? Voici, ton père et moi nous te cherchions avec angoisse. Pourquoi me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père? » (Lc 2, 49). Cela suggère bien que Joseph n’est pas son père. Or, le seul père possible dont les textes parlent, si ce n’est pas Joseph, c’est l’Esprit-Saint.

Dire que Marie n’est présente à la crucifixion qu’en Jean se discute. En Mt 27, 55, il est dit que « Il y avait là de nombreuses femmes qui observaient de loin. Elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. ». Rien n’indique que Marie n’en fasse pas partie, puisque, comme l’auteur de la question le montre lui-même, elle est présente dans plusieurs épisodes du ministère de Jésus.

Mais le plus curieux reste l’argument du portement de la croix par Simon de Cyrène. Où l’auteur de la question veut-il en venir ? Croit-il qu’on allait faire porter un patibulum (la barre transversale d’une croix) de 30 kg par une femme, d’âge déjà mûr qui plus est car son fils a plus de 30 ans ? Plutôt que de réquisitionner un homme plus costaud ? En quoi cela indiquerait que la Vierge Marie n’est pas là ?