Rosicruciens, mythes maçonniques et foi catholique

Un de vos articles m’éclaire sur le Catholicisme/Christianisme & les Francs-Maçons mais j’ai un doute. Pourquoi ne peut-on pas être Franc-Maçon et Catholique ? J’ai lu et je comprends, à plus forte raison, qu’après un certain niveau il apparaît qu’il serait du satanisme…  Et au surcroît cette, organisation aurait été infiltrée par un grand nombre d’espions de plusieurs Pays! Ma question : et les Rosicruciens, alors? Moi qui croyait que les Templiers protégeaient le Graal, les Francs-Maçons étaient des bâtisseurs du Temple, et les Rose-Croix retransmettaient les enseignement. Ne sont-ils pas des catholiques mystiques?

Ce que cette question montre surtout, c’est qu’il ne faut pas croire la mythologie maçonnique, qui, sous des aspects parfois folkloriques, charrie des légendes invérifiables ou ne résistant pas à la critique historique. L’ésotérisme qui caractérise la maçonnerie permet de s’attribuer des mythes que personne ne peut vérifier, ce n’est pas une raison pour les les croire.

Car commençons par la fin de la question. Le St Graal est une légende du cycle du Roi Arthur et n’a aucune consistance biblique, pas plus que dans la Tradition de l’Eglise, le Magistère, ni par une quelconque preuve scientifique. Les Templiers ne risquaient pas de le protéger, vu qu’il n’était pas en leur possession.

Ce qu’un historien sérieux peut dire, c’est que l’Ordre du Temple a été conçu au moment des Croisades pour défendre les nouveaux Etats chrétiens de Terre Sainte, les minorités chrétiennes d’Orient opprimées jusque-là par les Turcs Seljoukides musulmans et les pèlerins occidentaux qui pouvaient ainsi reprendre le chemin de Jérusalem sans se faire massacrer par les Seljoukides en question.

Les francs-maçons font effectivement état de leurs prédécesseurs qui auraient bâti le Temple de Jérusalem, à la suite de l’architecte Hiram de Tyr. On voit mal comment cela peut être pris au sérieux. L’apparition de la franc-maçonnerie en Ecosse protestante au XVIII  siècle rend peu probable qu’il n’y ait aucune manifestation de ce savoir-faire entre le Xe siècle avant J.-C – date de la construction du Temple de Salomon – et le XVIIIe siècle (soit 28 siècles !) dans des régions et des civilisations complètement différentes. En outre, il est illogique que cela se soit transmis en dehors du judaïsme. Les maçons affirment que ce savoir-faire serait aussi celui des constructeurs des cathédrales. C’est déjà un peu moins fantasque mais, encore une fois, que se passe-t-il entre la fin de l’âge gothique et le XVIIIe siècle ? Et comment passerait-t-on d’un savoir-faire technique au service de l’Eglise catholique à une société secrète généraliste, avec un projet politique et sociétal contre l’Eglise en pays protestant ?

Les Rose-Croix présentent des variantes avec la franc-maçonnerie, même si des points communs existent. Cependant, selon des témoignages de rosicruciens convertis au catholicisme, l’incompatibilité entre catholicisme et franc-maçonnerie et celle entre catholicisme et les Rose-Croix se fondent sur exactement les mêmes raisons philosophiques, théologiques, ecclésiologiques et éthiques. Nous renvoyons le lecteur à notre article à ce sujet : https://www.reponses-catholiques.fr/pourquoi-ne-peut-on-pas-etre-catholique-et-franc-macon/.  Non, les rosicruciens ne sont pas du tout des catholiques mystiques mais des adeptes d’une idéologie clairement dérivée des hérésies gnostiques qui ont existé dès le début du christianisme. Les arguments de St Irénée de Lyon au IIe siècle peuvent être repris contre eux, quasiment mot pour mot.

Ajoutons un point, néanmoins. Les Templiers ont été condamnés par l’Eglise comme hérétiques et jamais réhabilités (contrairement à Jeanne d’Arc à la même époque, par exemple). Leur spiritualité a marqué au fil des siècles une série de déviances qui, effectivement, ont parfois été reprises par les francs-maçons. Pourtant, trois siècles se sont déroulés entre la disparition de Templiers au XVe siècle et l’apparition de la franc-maçonnerie en pays protestant au XVIIIe siècle. En outre, les Templiers étant des moines, ils n’avaient pas d’enfants. Il est donc douteux que la transmission de l’idéologie templière se soit transmise directement et telle quelle. Il est plus vraisemblable que les premiers maçons ont tenté de se créer une histoire valorisante pour quiconque en avait après la foi catholique et se piquait d’ésotérisme. Récupérer Hiram de Tyr et les templiers, avec comme fil rouge le Temple de Jérusalem était donc commode, d’autant plus que c’était invérifiable.

Ce n’est pas une raison pour que les catholiques gobent ces mythes comme n’importe quel gogo. La Révélation est dans l’Ecriture, la Bible. Elle est close et il n’y en a pas d’autre : « Mais, quand nous-mêmes, quand un ange du ciel annoncerait un autre Evangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème! Nous l’avons dit précédemment, et je le répète à cette heure: si quelqu’un vous annonce un autre Evangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème!… » (Ga 1, 8-9).

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