Rien à offrir en réparation?

On entend parfois parler de réparation (réparation des péchés du monde, par exemple). Mais, arrivant à peu près à trouver sur le web des explications de ce qu’est la réparation, comment la vivre concrètement, lorsque, épargné par les épreuves, l’on n’a pas de souffrance particulière à offrir ?

L’auteur de la question a bien de la chance de ne vivre aucune épreuve et de subir zéro souffrance. Il est bien le seul du genre humain, ne serait qu’en ce temps où la majorité de l’humanité vit la crise sanitaire, avec ses cortèges de confinements, couvre-feux, licenciements, faillites et bien sûr souffrances et décès des malades, accompagnés de l’épuisement des soignants.

Vit-il en totale autarcie pour ne pas risquer un confinement, ne jamais être malade et n’être pas touché par la souffrance d’aucun proche sur le plan affectif, sanitaire, professionnel ou autre ? Tout va-t-il pour le meilleur des mondes et rien ne le dérange dans la société où il vit sur le plan politique, religieux, sociétal ?

C’est plutôt inquiétant. Il ne s’agit pas, bien sûr, de se chercher des problèmes là où on n’en a pas mais un chrétien, s’il vit authentiquement sa foi, doit être scandalisé par le mal dans le monde et reconnaitre son propre péché. S’il ne souffre pas de sa condition de pécheur, c’est que quelque chose n’est pas arrivé à la conscience de sa vie spirituelle et il est urgent qu’il fasse un examen de conscience sérieux.

Il en résulte que le chrétien authentique doit, d’une part, faire pénitence pour ses péchés, même si elle est très modérée, et s’engager pour bâtir le Royaume de Dieu. Et s’engager, agir, prier, cela débouche forcément sur des contrariétés, des problèmes, des conflits. Il ne s’agit pas, là encore, de rechercher la souffrance et les problèmes mais l’action rencontre toujours des obstacles dans un monde imparfait.

Que l’auteur de la question s’engage dans une action caritative d’urgence, qu’il approfondisse sa vie de prière et pourquoi pas, son ascèse : le froid ressenti à faire des maraudes auprès des personnes de la rue, par exemple, la fatigue lors d’une heure d’adoration hebdomadaire entre 4 et 5 heures du matin, ou encore la faim du jeûne du vendredi lui donneront des occasions d’offrir quelque chose en réparation.

Dans ces trois cas, le jeûne, la prière et l’aumône sont les meilleurs fruits à offrir pour la « plus grande Gloire de Dieu et le salut du monde ». C’est bien pour cela que le Carême existe.