Richesse protestante, pauvreté catholique

On entend dire que les protestants voient positivement l’effort et la richesse (bien acquise et bien utilisée), contrairement aux catholiques. Est-ce exact?

Une tradition bien présente dans la Bible, surtout l’Ancien Testament, voit Dieu gratifier le juste qui lui est fidèle de grands biens et de succès : Abraham, Jacob, Salomon, Job. Mais après le traumatisme de l’Exil à Babylone en – 587, cette façon de voir a pu paraître simpliste aux auteurs bibliques : le juste n’est pas toujours récompensé. Plusieurs textes ont alors insisté sur l’humilité du fidèle, la théologie du « petit reste d’Israël », par exemple en Isaïe, et les pauvres de cœur, anawim en hébreu.

Ces deux conceptions sont donc présentes dans le christianisme et aucune n’est erronée. Certains courants protestants ont néanmoins forcé le trait jusqu’à parler d’un « évangile de la prospérité » où croire en Dieu se traduit par une richesse matérielle. C’est évidemment inexact. Il est souvent aussi dit que les protestants valorisent davantage l’effort et le travail, les catholiques s’en remettant davantage à la Providence. Ce qui est paradoxal dans la mesure où, dans le protestantisme, seule la foi sauve et non les œuvres, tandis que la foi catholique voit les œuvres comme une conséquence de la grâce divine.

La Tradition catholique va en fait valoriser l’indifférence vis-à-vis des richesses et l’inanité de mettre sa confiance en elles. Pas forcément le fait d’être riche en soi. Par exemple, les « Principes et fondements » des Exercices spirituels de St Ignace de Loyola invitent bien le retraitant à ce que « l’homme doit user de ces choses dans la mesure où elles l’aident pour sa fin et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles sont, pour lui, un obstacle à cette fin (…). De telle manière que nous ne voulions pas, pour notre part, davantage la santé que la maladie, la richesse que la pauvreté, l’honneur que le déshonneur, une vie longue qu’une vie courte et ainsi de suite pour tout le reste, mais que nous désirions et choisissions uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés ».

Par ailleurs, il est sûr que la Tradition catholique conseille aussi de suivre le Christ pauvre, chaste et obéissant, dans la vie consacrée. Mais cela peut aussi s’appliquer pour des laïcs : une certaine sobriété de vie aide davantage à être un pauvre de cœur comme les anawim et le Christ des Béatitudes, que de grandes richesses qui entravent plus qu’elles ne libèrent. L’épisode dit du « Jeune homme riche » (Mt 19, 16-30) le montre bien.

Richesse protestante, pauvreté catholique
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