Réponse à une réfutation juive du christianisme – Isaïe 9 (2/15)

Je me présente: un jeune de 19 ans qui se recherche spirituellement depuis ses 16 ans. J’ai besoin d’aide dans un aspect du christianisme qui me bloque dans ma progression spirituelle. C’est une question qui me gêne certes, mais c’est important pour moi. En fait, je connais des juifs qui m’ont envoyé un dossier contre les arguments chrétiens pour la messianité de Jésus, et comme je ne suis pas un expert, les arguments sont très convaincants et donc ça me bloque par rapport au christianisme. Est-ce que vous pourriez m’aider ? Voici le dossier: (il n’est pas très bien écrit, c’est un peu sous forme de brouillon mais tous les arguments sont bien intelligibles) : https://drive.google.com/folderview?id=1b-kTQcXRpqp5dql8SCV9p8Luk98pwsFl (2/15)

Toute l’argumentation de cette fiche repose en grande partie sur le fait qu’on peut traduire El/Elohim par autre chose que Dieu et que ce verset 6 d’Is 9 ne « prouve » pas laTrinité. Nous l’admettons volontiers. Le problème, c’est que la traduction d’El ou Elohim par « Dieu » est quand même possible et que les auteurs de la fiche sont bien incapables de le réfuter sérieusement. Du coup, on peut contester l’interprétation chrétienne de voir dans ce verset une annonce de la messianité de Jésus… Mais on peut aussi l’accepter. Et on peut traduire El/Elohim par autre chose que « Dieu » mais, à un moment, le sens le plus courant est quand même l’hypothèse la plus probable.

Quant à reprocher aux chrétiens de ne pas s’appuyer sur la Septante (LXX), qui traduit El/Elohim par angelos (« messager », « ange ») et de prendre appui sur le texte massorétique (TM) quand ça les arrange, la réciproque est vraie. Pourquoi après des efforts aussi laborieux pour disqualifier la LXX (cf. article précédent et les prochains), aurait-elle tout d’un coup plus de poids que le TM ? Nous pensons volontiers que les auteurs de la LXX n’envisageaient pas, à leur stade, que ce personnage soit vraiment Dieu, aussi ont-ils traduits par « ange ». Mais, justement, la pointe de la révélation chrétienne, c’est bien que, en Jésus de Nazareth, ses disciples ont reconnu Dieu incarné. Tant qu’Il n’était pas venu sur la terre, ce n’était pas possible.

Disqualifier un verset parce que les Apôtres ne l’ont pas cité est dangereux et non scientifique. On ne sait pas ce qu’ils pensaient de ce verset et, dire qu’ils l’ont interprété comme ci ou comme ça, c’est de l’exégèse-fiction. Pas un travail de recherche sérieux. D’autant plus que, contrairement à ce que ces polémistes disent, Jésus est appelé clairement « Dieu » à six reprises dans la Bible… (Ce qui gêne bien les Témoins de Jéhovah que nos auteurs mentionnent hors de propos). Par exemple dans l’Evangile de Jean, quand Thomas appelle Jésus « Mon Seigneur et mon Dieu en Jn 20, 28.

Il est réducteur de dire que vayikra, « Et il appela »  est forcément du passé simple, complètement terminé. Nous l’avons vu à l’article 1, une prophétie s’actualise pour chaque lecteur, sinon ça ne servirait à rien de lire la Bible.

Utiliser le Talmud pour interpréter la Bible est le droit le plus strict de chacun. Cela peut même être intéressant. Mais le Talmud, écrit au IVe siècle après J.-C. pour ce qui est du Talmud de Jérusalem, et même au VIe pour le Talmud de Babylone, est donc un texte très tardif qui n’a aucune autorité pour un chrétien. Ce qui serait beaucoup plus intéressant, ce serait de lire les Pères de l’Eglise, à la même époque.

Sur l’argument 3, Jésus ne risque pas d’être appelé « Père éternel », vu qu’Il est le Fils. La réfutation tombe à plat. Quant à dire que son empire ne s’étend nulle part, quand ses fidèles sont les plus nombreux dans le monde et que chaque nation sur la terre a été évangélisée, même si c’est avec un tout petit nombre de fidèles, ça ne tient pas debout.

Qu’une tradition interprétative pense que ce verset concerne Ezechias, libre à elle. Mais ce n’est qu’une interprétation possible et les chrétiens en ont une autre, sérieusement étayée. Nos amis admettent eux-mêmes en citant le targoum de Yonathan Ben Ouziel que la prophétie concerne bien la fin des temps, comme la référence à Gog et Magog l’indique clairement.  Elle ne peut donc se limiter à la vie d’Ezechias. Ensuite, il n’est écrit nulle part que le roi dans la descendance d’Ichaï ne peut pas être un fils adoptif. Les auteurs inventent un fait que n’existe pas.

Enfin, oui, le sacerdoce du Grand Prêtre est remis au Christ dans la Lettre aux Hébreux, du fait du sacerdoce de Melchisédek, antérieur à celui d’Aaron (nous y reviendrons dans un autre article). Ceci dit, tout prêtre catholique (ou orthodoxe) participe à ce sacerdoce, en offrant le sacrifice suprême, le sacrifice eucharistique. En faisant cela, il est un alter Christus. Il ne tenait qu’aux grands prêtres et à la descendance d’Aaron de perpétuer leur sacerdoce en devenant prêtre catholique ou orthodoxe s’ils s’étaient convertis. Peut-être que, en 2000 d’histoire, c’est d’ailleurs arrivé. Dès qu’un prêtre s’appelle « Cohen » (“prêtre” en hébreu), c’est envisageable. Donc, d’une part il n’est pas sûr qu’il y a eu rupture du sacerdoce d’Aaron. D’autre part, ce n’est pas de la responsabilité des chrétiens.

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