Réponse à une réfutation polémique juive – Isaïe 7 (1/15)

Je me présente: jeune de 19 ans qui se recherche spirituellement depuis ses 16 ans. J’ai besoin d’aide dans un aspect du christianisme qui me bloque dans ma progression spirituelle. C’est une question qui me gêne certes, mais c’est important pour moi. En fait, je connais des juifs qui m’ont envoyé un dossier contre les arguments chrétiens pour la messianité de Jésus, et comme je ne suis pas un expert, les arguments sont très convaincants et donc ça me bloque par rapport au christianisme. Est-ce que vous pourriez m’aider ? Voici le dossier: (il n’est pas très bien écrit, c’est un peu sous forme de brouillon mais tous les arguments sont bien intelligibles) : https://drive.google.com/folderview?id=1b-kTQcXRpqp5dql8SCV9p8Luk98pwsFl (1/15)

Nous nous posons beaucoup de questions sur la démarche des personnes juives qui ont rédigé le dossier envoyé. Est-ce pour éviter que des Juifs deviennent chrétiens ? Parce que, autrement, à moins que l’auteur de la question soit de mère juive, nous nous demandons pourquoi des Juifs seraient dérangés par le fait qu’il devienne chrétien. S’il n’est pas juif, qu’est-ce que ça peut leur faire ? Il ne sera jamais juif. Même s’il se convertit au judaïsme avec des juifs libéraux, il sera toujours un faux juif pour des juifs orthodoxes.

Par ailleurs, toutes sortes de gens ont tenté de réfuter le christianisme. Il y a la critique platonicienne, stoïcienne, islamique, rationaliste, marxiste, nietzschéenne, psychanalytique, écologiste, LGBT, transhumaniste, etc. Pourquoi choisir la critique juive, qui ne concerne que ces derniers ?

Ceci dit, répondre aux quinze fiches (chaque fiche faisant elle-même plusieurs pages. Rien que celle d’Ornstein, avec son catalogue de versets, mérite un article par verset) de ce dossier demande un travail considérable, et des connaissances approfondies en théologie, exégèse, linguistique, histoire etc. Nous ne pourrons le faire qu’au fil de l’eau, en faisant un article pour chaque fiche du dossier. Nous avons beaucoup de questions à traiter et devrons donc insérer ces réponses-ci lorsque nous aurons une place. Ce sera en quelque sorte notre feuilleton du printemps-été 2019. Nous commençons aujourd’hui par la fiche 1, à propos d’Isaïe 7. Nous invitons chaque lecteur à lire d’abord la fiche correspondante dans le dossier accessible par le lien Internet de la question, puis notre réponse.

Nous espérons que la fougue de la jeunesse de l’auteur de la question s’adaptera à la patience d’attendre une réponse à chaque fiche d’une fois sur l’autre. Cela pourra être une très bonne chose qui lui permettra d’éprouver concrètement que la spiritualité chrétienne est un chemin qui demande une certaine patience. Nos réponses pourront être méditées d’une fois sur l’autre, ce qui sera d’un grand profit spirituel. Car, dans leur malveillance, les polémistes sont passés complètement à côté du fait que la foi chrétienne n’est pas qu’une question d’argumentation intellectuelle, elle est aussi une écoute de l’Esprit à travers nos mouvements intérieurs.

Pour entrer dans le vif du sujet, toute l’argumentation des polémistes juifs repose sur le fait que a) La Septante (LXX) ne contiendrait que la Torah, les 5 premiers livres de la Bible et que b) le texte massorétique (TM) en hébreux dit alma, « jeune fille » à propos de la naissance de l’Emmanuel, alors que la LXX dit parthenos, mais que parthenos ne signifie pas forcément « vierge »

a) Sur le premier point, peu importe. Nos extrémistes juifs admettent eux-mêmes dans leur fiche 9 sur le texte massorétique que les livres prophétiques et sapientaux ont été traduits dans la LXX un siècle après la Torah. Mais cela nous amène quand même au IIe siècle avant Jésus-Christ, Donc, non seulement tout l’Ancien Testament disponible était traduit à ce moment-là, mais en plus les traducteurs de cette époque ne pouvaient pas plus inventer cette histoire de vierge qui enfante qu’un siècle plus tôt. S’ils l’ont traduit ainsi, c’est qu’ils étaient inspirés en ce sens.

b) Ensuite, nos amis sont certainement plus forts que nous en hébreu, mais ce sont de piètres hellénistes. Car c’est complètement faux. Parthenos, c’est bien « vierge », sans ambiguïté. D’ailleurs, lorsque, dans le passage du Deutéronome qu’ils citent, Dt 22, 17 et 23 évoquent la virginité et le fait qu’une vierge ait des relations avec un homme, dans la LXX, les termes utilisés sont bien parthenia et parthenos. Donc l’interprétation d’Is 7 traduisant « La vierge concevra » n’est pas absurde, loin de là.

Le fait qu’ils prennent Gn 24, 43 comme exemple pour affirmer qu’une alma n’est pas forcément vierge ne manque pas de piquant. Car la jeune fille en question, c’est Rébecca. Vont-ils donc insinuer ainsi que la Matriarche Rébecca, mère de Jacob n’était peut-être pas si vierge que ça avant d’épouser Isaac, et que Jacob peut donc potentiellement être un bâtard ?

Quant à se demander pourquoi elem, « jeune homme/garçon » n’est pas traduit par « vierge », ce n’est pas très sérieux. On ne dit jamais « un vierge ». Et dans l’Eglise, une femme peut recevoir la consécration des vierges mais un homme ne peut jamais être « vierge consacré ». Quand bien même il serait puceau.

2° Plus sérieusement, les auteurs de ce pamphlets sont en effet incapables de comprendre un principe théologique bien connu des exégètes, qu’ils soient juifs ou chrétiens, croyants ou non : la typologie. Oui, cette prophétie d’Isaïe, comme tout oracle prophétique est une double prophétie. Elle parle aux contemporains qui l’entendent. Ici, la naissance providentielle de l’Emmanuel est un signe du salut que les Judéens auront, en étant épargnés des Araméens et des Ephraïmites. Mais une prophétie parle aussi pour le futur, même lointain. Ce salut du temps d’Achaz n’est que la préfiguration d’un autre salut, encore plus éclatant, qui viendra quand la vierge enfantera. C’est d’ailleurs pour cela qu’on lit la Bible jusqu’à aujourd’hui : parce que qu’elle révèle est valable autant de nos jours qu’à l’époque où sont censés se dérouler les faits. Sinon, ce serait un livre d’histoire, non un livre spirituel.

Pourquoi ? Parce que le principe d’interprétation typologique pose que des personnages anciens sont des figures, des « types », qui préfigurent, mais de façon voilée et partielle, d’autres qui viendront plus tard, et qui seront alors révélés pleinement. Il n’y a pas besoin d’être chrétien pour cela. La Ligature d’Isaac des Juifs (que les chrétiens appellent plutôt le Sacrifice d’Abraham) est une préfiguration du Serviteur souffrant d’Isaïe : l’innocent offert pour l’Alliance avec Dieu. De même, David est bien un « messie », un « oint du Seigneur », qui préfigure le Messie glorieux qui viendra à la fin des temps. C’est une interprétation courante dans le rabbinisme. Par conséquent, même s’il a un père bien humain et que sa mère ne l’a pas conçu virginalement, l’Emmanuel né de la jeune fille/vierge et signe du salut au temps d’Achaz préfigure le Fils né de la Vierge 700 ans plus tard. Il est le « type » du Sauveur qui vient. En ce sens, la lecture chrétienne se justifie pleinement.

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