Réponse à réfutation polémique juive antichrétienne – Psaume 109 / 110 (6/15)

Je me présente: un jeune de 19 ans qui se recherche spirituellement depuis ses 16 ans. J’ai besoin d’aide dans un aspect du christianisme qui me bloque dans ma progression spirituelle. C’est une question qui me gêne certes, mais c’est important pour moi. En fait, je connais des juifs qui m’ont envoyé un dossier contre les arguments chrétiens pour la messianité de Jésus, et comme je ne suis pas un expert, les arguments sont très convaincants et donc ça me bloque par rapport au christianisme. Est-ce que vous pourriez m’aider ? Voici le dossier: (il n’est pas très bien écrit, c’est un peu sous forme de brouillon mais tous les arguments sont bien intelligibles) : https://drive.google.com/folderview?id=1b-kTQcXRpqp5dql8SCV9p8Luk98pwsFl (6/15)

On nage ici dans l’absurde. Quand la fiche indique que « le verset en hébreu dit : ‘לדוד מזמור נאם יהוה לאדני’, ‘Chant de David, Dieu a dit à mon seigneur’ et non mon seigneur a dit à mon seigneur… », le texte massorétique (TM) en hébreu utilise le Tétragramme, le Nom de Dieu  que les Juifs utilisent sans voyelles et qu’il est interdit de prononcer, que nous translittérons en français par YHWH. Par convention, oralement, on  utilise un substitut : le plus souvent « Le Seigneur », parfois « l’Eternel », le « Nom », « le Tout-Puissant » etc (cf. notre article https://www.reponses-catholiques.fr/le-nom-de-dieu/, pour plus de précisions). Evidemment que la Septante (LXX) et, par conséquent, l’Evangile l’ont traduit par Kurios, « Seigneur » en grec, puisque c’est l’usage. Rappelons d’ailleurs que le Pape Benoît XVI a demandé, par respect pour nos frères juifs, de ne plus  prononcer le Tétragramme lorsqu’il est écrit, par exemple lors de la lecture à la messe, mais de le remplacer par « Le Seigneur ».

Bref, lorsqu’on traduit dans une langue autre que l’hébreu, on dit « Le Seigneur ». C’est donc normal pour la LXX. Nos polémistes s’enfoncent encore en écrivant qu’il y a « erreur de traduction qui est ici volontaire car l’auteur de Matthieu a délibérément préféré utiliser la version grec (sic) ». L’Evangile de Mathieu, comme tous les évangiles, est écrit en grec. Donc évidemment que toutes ses citations de l’Ecriture sont faites à partir du grec, donc de la LXX, qui est la traduction de la Bible en grec. Lorsque nous écrivons en français, nous citons la Bible en français. Ce n’est pas une erreur volontaire, c’est un procédé normal, comme nos amis qui citent « Chant de David, Dieu a dit à mon seigneur », donc un verset de la Bible, en français (quoique ce français soit douteux).

Ce qui est sidérant, en revanche, c’est que des gens qui se sont vantés d’être des Juifs pieux dans la fiche précédente, 1) fassent autant d’erreurs d’exégèse ; 2) écrivent « Dieu », alors que c’est formellement interdit pour un Juif observant et que ces-derniers écrivent le plus souvent « D… », c’est-à-dire qu’ils enlèvent toutes les voyelles pour rendre le mot imprononçable, exactement comme pour le Tétragramme en hébreu. Il est toute même énorme que ce soient les goyim que nous sommes qui doivent leur signaler leur blasphème.

Donc « Le Seigneur a dit à mon Seigneur » est le rendu normal du texte hébreu « Dieu a dit à mon Seigneur ». Il n’y a aucune erreur là-dedans.

Mais il y a pire, si c’était possible, les divagations de la fiche deviennent de plus en plus délirantes, nous assumons le mot : « Tout au long des évangiles, Jésus discute avec des pharisiens, nous faisant croire que ce sont les mêmes pharisiens qui se retrouvent dans le talmud », nous dit-on. Mais le Talmud de Jérusalem a été écrit 4 siècles après la venue de Jésus sur la terre, et celui de Babylone, le plus important, 6 siècles après ! Comment Jésus pourrait faire croire que des pharisiens de son siècle seraient des talmudistes alors que le Talmud n’existait pas ! En revanche, que des Pharisiens existaient du temps de Jésus, cela est confirmé par la recherche historique, par exemple les écrits de Flavius Josèphe.

« Un pharisien érudit saurait que ce psaume ne parle pas du Messie mais d’Avraham comme les pharisiens du  talmud le pensent ». C’est l’opinion du Talmud et rien ne la justifie. Des chercheurs juifs comme Boyarin admettent d’ailleurs volontiers le fond de polémique antichrétienne du Talmud. Une thèse beaucoup plus plausible est que, gênés par ce verset, les talmudistes ont substitué Abraham au Messie, parce que cela évitait de corroborer la thèse chrétienne… Ce que ces fiches font également, mais sans le talent du Talmud.

La question de Melchisedek est bien expliquée dans l’Epître aux Hébreux. Oui, Abraham est bien l’interlocuteur de Melchisedek dans la Genèse. Mais justement, ce dernier est prêtre du Très-Haut, sans être de la descendance d’Aaron (qui viendra plusieurs siècles après lui), ni son ancêtre. Il n’est même pas juif puisqu’il n’est pas du clan d’Abraham. C’est ce qui permet au Christ d’être à la fois le roi davidique et le Grand-Prêtre, selon le sacerdoce de Melchisedek, alors qu’il n’est pas de la tribu de Lévi, et ce qui permet à n’importe quel prêtre catholique ou orthodoxe d’être prêtre, comme le Christ, lui aussi selon le sacerdoce de Melchisedek. Donc, oui, le Christ cumule les deux fonctions.

Réponse à réfutation polémique juive antichrétienne – Psaume 109 / 110 (6/15)
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