Réponse à réfutation juive du christianisme – Erreurs de Jésus (10/15)

Je me présente: un jeune de 19 ans qui se recherche spirituellement depuis ses 16 ans. J’ai besoin d’aide dans un aspect du christianisme qui me bloque dans ma progression spirituelle. C’est une question qui me gêne certes, mais c’est important pour moi. En fait, je connais des juifs qui m’ont envoyé un dossier contre les arguments chrétiens pour la messianité de Jésus, et comme je ne suis pas un expert, les arguments sont très convaincants et donc ça me bloque par rapport au christianisme. Est-ce que vous pourriez m’aider ? Voici le dossier: (il n’est pas très bien écrit, c’est un peu sous forme de brouillon mais tous les arguments sont bien intelligibles) : https://drive.google.com/folderview?id=1b-kTQcXRpqp5dql8SCV9p8Luk98pwsFl (10/15)

C’est certainement la fiche la moins à côte de la plaque car, s’agissant de Zacharie et du tombeau d’Abraham, les différences qu’elle pointe sont exactes.

1° Oui, il y a bien deux Zacharie. Mais enfin, les deux s’appellent tout de même Zacharie. On a alors trois hypothèses possibles :

  • Jésus, ou le rédacteur de l’Evangile, Mathieu, se trompe parce que c’est un gros nul non juif qui n’y connait rien. C’est la thèse de nos polémistes. Le problème, c’est qu’ils reconnaissent eux-mêmes que Jésus et les Apôtres sont des Juifs pieux, pétris de l’Ecriture
  • Les gens à l’époque connaissaient l’Ecriture par cœur. Mais, en la citant oralement, ils pouvaient faire des erreurs et des raccourcis. D’autres citations du Nouveau Testament (NT) sont assez libres. Cela indique que le locuteur connaissait le texte mais ses interlocuteurs suffisamment aussi pour pouvoir faire un écart dans la citation, sans que la référence n’échappe aux uns et aux autres. Prenons un exemple très ancré dans la culture française : le fameux « Je pense, donc je suis » de Descartes dans Le discours de la méthode… Et le « Je suis, j’existe » des Méditations métaphysiques. Pourtant, la plupart des gens les confondent et en même temps, tout le monde saisit la pensée de Descartes sur ce point
  • Troisième hypothèse, sans doute plus intéressante. Jésus, ou l’auteur de l’Evangile, est bien conscient de la différence entre les deux Zacharie. Mais il les rapproche selon un procédé midrashique appelé gezera shawa, que n’importe quel rabbin connait, qui veut que lorsque deux mots se trouvent dans des versets différents dans l’Ecriture, on les rapproche et on explique chaque verset par l’autre. Dans ce cas, c’est volontairement que les deux Zacharie ont été amalgammés en une figure et le sens théologique est clair : les péchés du Peuple qui assassine un Zacharie sur le parvis sacré du Temple (le souillant ainsi)… Conduira finalement au désastre de l’Exil, dont est témoin le deuxième Zacharie. C’est bien le sens de ce que dit Jésus : le refus de sa Bonne Nouvelle ne peut que conduire à la catastrophe. C’est une lecture plus élaborée et plus difficile. Mais un principe d’exégèse, chrétien, cette fois-ci, veut que la lectio difficilior d’un verset de la Bible ait des chances d’être la plus pertinente.

2° Pour ce qui est des Patriarches, il est vrai qu’Abraham ait été enterré à Hébron avec Sarah, et non à Sichem. Mais enfin, Sichem est le lieu de résidence de Jacob, patriarche lui aussi. Nos amis ne se sont pas privés pour rappeler l’histoire du viol de Dina, fille de Jacob, à cet endroit dans la fiche n°1. Or, en Ac 7, 15, justement, Etienne est entrain de parler de Jacob.

Etienne ou le rédacteur des Actes est-il lui aussi un gros nul goy ? Ou a-t-il fait cette approximation intentionnellement ? Sichem, c’est aussi le lieu de l’épisode de Jésus et la Samaritaine, au puits de Jacob, justement. C’est un passage décisif pour expliquer la messianité de Jésus, y compris aux Samaritains, que les Juifs considèrent comme des hérétiques. L’enjeu est de taille puisque qu’il s’agit de savoir, ni plus, ni moins, si l’Evangile peut être proclamé aussi aux Samaritains et si ceux-ci peuvent être sauvés. La même question se posera ensuite en Actes 10 à propos des païens. La question des Samaritains est donc une répétition générale de ce qui se jouera ensuite pour toutes les nations de la terre.

Or, que se passe-t-il dès le chapitre suivant, en Actes 8 ? Les disciples de Jésus partent évangéliser, avec succès, les Samaritains.

3° Nos amis s’égarent complètement avec Rachel. Leur interprétation du verset de Jérémie est correcte jusqu’à un certain point : les tribus issues des petits enfants de Rachel, Ephraïm et Manassé, sont les premières à partir en Exil. Mais Benjamin est aussi fils de Rachel (c’est sur le territoire de sa tribu qu’est Bethléem), et cette tribu, absorbée par celle de Juda entretemps, ne partira en Exil qu’à la chute de Jérusalem. En revanche, le sens théologique que Mathieu dessine, c’est bien le martyre et les massacres des enfants de Rachel livrés à des oppresseurs tyranniques. Du temps de l’Exil comme sous Hérode. Donc, oui, la référence à Jérémie est plus que pertinente et il faut singulièrement manquer de finesse théologique pour ne pas le comprendre.

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