Repas chrétien

Quelle est la symbolique du repas dans le salut chrétien ?

Le christianisme se veut héritier du judaïsme, particulièrement sur ce thème du repas. Dans l’Ancien Testament, le repas est souvent associé à une expérience de salut, de libération. C’est le cas du repas pascal la nuit qui précède la sortie d’Egypte (Exode 12). Le salut de Dieu est souvent présenté comme un festin, par exemple dans le Psaume 22/23 : « Devant moi tu apprêtes une table face à mes adversaires ; d’une onction tu me parfumes la tête, ma coupe est débordante » (verset 5).

Souvent, le repas est associé à un acte cultuel, après un sacrifice, par exemple en 1 Sa 16, 5-13, à propos de l’onction de David comme roi. Enfin, le repas du sabbat que les Juifs célèbrent chaque vendredi soir clôture les six jours de la Création et inaugure le septième jour de repos.

Les Evangiles ont repris cette tradition de repas comme signe de fête et de salut. Plusieurs miracles sont opérés par Jésus lors d’un repas : les Noces de Cana (Jn 2), la Multiplication des pains (Mc 6, 30-44 et parallèles dans les Evangiles synoptiques). Le Christ délivre des passages-clefs de son enseignement lors de repas : Pardon de la pécheresse aimante (Lc 7, 36-50), l’épisode de Marthe et Marie (Lc 10, 38-41), le repas avec pécheurs après l’appel de Mathieu (Mt 9, 10-13) etc.

Plusieurs paraboles que Jésus raconte ont pour cadre un repas, souvent un festin de noces, qui signifie le salut que Dieu nous offre et son accueil auprès de Lui. Dans la Parabole du fils prodigue, c’est un festin qui scelle son retour (Lc 15). De même, les Paraboles des vierges sages et des vierges folles (Mt 25, 1-13) ou du repas de noces (Mt 22, 1-14) montrent le salut que Dieu offre, sous forme d’une invitation au festin de noces, et que les hommes ne savent pas toujours saisir.

Dans la Dernière Cène, repas pascal et dernier repas que Jésus prend avec ses disciples, Il institue l’Eucharistie, don de Lui-même aux hommes. Les croyants pourront se nourrir de son Corps et de son Sang, sous forme de pain et de vin consacrés, et avoir sa présence en eux, jusqu’à la fin des temps. La messe, c’est-à-dire la célébration de l’Eucharistie, est l’actualisation de l’œuvre salvatrice du Christ dans sa mort et sa résurrection. C’est, d’une part, l’actualisation du sacrifice de la mort sur la Croix le Vendredi Saint. Le Christ est à la fois le sacrificateur, car le prêtre qui consacre l’eucharistie est un alter Christus, il agit avec les pouvoirs d’un autre Christ. Il est aussi la victime, car l’offrande, le pain et le vin, deviennent son Corps et son Sang. Et Il est le destinataire puisque l’offrande est faite à Dieu, et que le Christ, deuxième Personne de la Trinité, est Dieu.

L’Eucharistie est aussi un repas (on mange l’hostie consacrée), mémorial de la Dernière Cène qui nous met en communion – c’est pour ça qu’on parle de communier à la messe – avec le Christ et avec la communauté chrétienne qui célèbre cette messe.

Enfin, après la Résurrection, le Christ ressuscité mange avec ses disciples quand Il se montre à eux, à la fois pour les rassurer qu’Il n’est pas un fantôme, mais que c’est bien Lui en chair et en os, et pour communier –partager ce moment et faire communauté –  avec eux : par exemple avec les disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13-35), juste après quand il apparait aux autres aux versets 42-43, ou lors du repas au bord du Lac en Jn 21.

Ce survol de divers épisodes de la Bible montre que le repas est non seulement une façon pour les chrétiens de faire communauté, mais aussi une manifestation même du salut de Dieu pour quiconque veut bien y participer. Le philosophe Fabrice Hadjadj ne s’y est pas trompé, en expliquant que « la table vaut mieux que la tablette » pour le vivre ensemble : https://www.youtube.com/watch?v=jn6IANKalWQ

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