Relire la parabole de la pauvre veuve et du juge inique

Je dois rédiger une lecture polyphonique de la parabole du juge et de la veuve. Pouvez-vous d’abord me définir le sens spirituel et qu’est-ce qu’il comprend (sens christologique…) ? Quant aux sens eschatologique et moral qu’est-ce que vous y développeriez ?

Le sens spirituel dépend de l’interprétation de chacun. L’Ecriture s’interprète avec l’intelligence et se médite avec le cœur. Nous conseillons donc à l’auteur de la question de lire le texte et de le prier, selon la méthode des Exercices spirituels de St Ignace de Loyola :

  • Se mettre en prière dans un endroit calme et isolé, pendant au moins 20 min. Evidemment, couper son portable et se déconnecter de tout ce qui peut perturber extérieurement
  • Se mettre à l’écoute en faisant un signe de croix, puis en lisant le texte
  • Se représenter la scène
  • Observer les personnes impliquées, écouter ce qu’elles disent
  • Faire une demande de grâce
  • Méditer le texte en 3 ou 4 points, en s’arrêtant là où le texte « parle » davantage
  • Parler directement au Seigneur à la fin « comme un ami parle à un ami » (St Ignace)
  • Terminer la prière par un Notre Père ou un Ave
  • Noter tout de suite après ce qui s’est produit pendant ce temps.

C’est à partir de ces notes qu’une lecture spirituelle pourra être rédigée. Mais les fils qui peuvent être tirés sont nombreux. On peut par exemple :

  • Prendre le point de vue de la femme : sa pauvreté, sa solitude, ses soucis, l’injustice subie, les confronter à nos propres soucis et nos propres injustices. Crier vers le Seigneur pour avoir aussi justice
  • Prendre le point de vue du juge. Son propre « agenda ». Les personnes avec qui il va se fâcher s’il donne raison à la veuve. Les risques qu’il prend et son besoin de tranquillité
  • Prendre le point de vue de Jésus : son intérêt et sa présence aux pauvres. L’injustice suprême qu’il va subir. Qu’est-ce que cela nous dit ?
  • Ou celui des apôtres. Comment se sentent-ils en entendant cela ? Eux aussi sont des gens plutôt modestes qui ont du être humiliés dans la vie. A quoi cela m’appelle ?

Sur le plan moral, on pourrait avoir une lecture marxiste du texte : ce sont les pauvres qui sont exploités et la « justice bourgeoise » ne leur donne pas facilement gain de cause. On pourrait s’indigner que Jésus ne remette pas cela en cause. Et pourtant, ce n’est pas son propos ici. Pourquoi ? Cela peut amener à réfléchir sur la pauvreté, sur le fait d’être toujours plus pauvre ou plus riche qu’un autre. Quelles sont mes pauvretés – matérielles, intellectuelles, psychologiques, affectives – que je dois peut-être accepter ? Qu’est-ce que je mets en œuvre pour y remédier ? Qu’est-ce que je suis prêt, moi, à faire malgré ma pauvreté relative ? Vis-à-vis de qui, et selon quelles modalités concrètes ? A quoi cela m’engage ?

Le Christ nous indique par cette parabole de ne pas nous décourager et de toujours espérer dans la Providence. Facile à dire ? Quels sont les lieux de combat où je peux m’impliquer pour plus de justice, dans mon travail, dans ma famille, dans des services d’Eglise, dans des mobilisations politiques ? Effectivement, cela ouvre à un horizon eschatologique. Est-ce que je crois vraiment que le Christ peut venir cette nuit ou demain et que je dois être prêt à l’accueillir ? Ou est-ce que je reste dans mon petit train-train sans risque comme le juge ? C’est, par conséquent, d’abord un combat spirituel qui se joue en moi. La justice que demande la veuve est une vertu cardinale. Dieu est juste mais il faut d’abord le laisser me justifier intérieurement, avant d’attendre une justice extérieure.

Ce n’est pas à nous de répondre à ces questions, très personnelles. Mais la Parole de Dieu est là pour ouvrir à la méditation et à la conversion dans le concret de nos vies. Et, dès qu’on prend la peine de se mettre à son écoute dans l’oraison, Dieu parle.

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