Reliques

J’aimerais savoir quel est la place et la signification des reliques de Saint dans notre foi en Christ? N’a t-il pas dit lui-même laissez les morts enterrer les morts? Je demande cela parce qu’en Afrique il nous est demandé d’abandonner nos rites traditionnels qui souvent incluaient des processions avec les crânes de nos ancêtres. Mais je retrouve des pratiques similaires en Europe et dans l’Eglise.

Oui, le Christ a dit de laisser « les morts enterrer les morts » (Lc 9, 60). Mais il ne faut pas trop tirer sur le texte et lui faire dire ce qu’il ne dit pas. Lui-même a été enterré et ceux qui ont pris soin de sa dépouille – Joseph d’Arimathie, Nicodème et les Saintes Femmes – sont des saints montrés en exemple pour notre édification de ce fait. D’ailleurs, enterrer les morts est une des sept Oeuvres de miséricorde, que le Pape François a rappelées cette année.

A l’exemple du Christ Lui-même, les premiers chrétiens ont très tôt pris soin d’enterrer du mieux qu’ils pouvaient leurs martyrs et, s’ils ne l’avaient pas fait eux-mêmes, de repérer leur tombe. La tombe de St Pierre a été très probablement retrouvée sous la Basilique St Pierre de Rome, comme les recherches archéologiques l’ont montré. Cela prouve que, très tôt, elle a fait l’objet d’une attention spéciale de la part de chrétiens encore peu nombreux et persécutés.

Dès les premiers temps du christianisme, donc, il a été d’usage de prier sur les tombes de martyrs, d’y célébrer des messes, comme les catacombes de Rome l’attestent. Les restes des martyrs étaient ensuite soigneusement conservés, ce qui est à l’origine des reliques.

Les persécutions terminées et le nombre de lieux de culte chrétiens se multipliant, les reliques ont été étendues à tous les saints, martyrs ou non, et éventuellement transportés d’un lieu à l’autre. Toute église consacrée à St X ou Y a normalement une relique du saint en question sous son autel.

Aller se recueillir devant des reliques de saint ou faire une procession avec est un acte spirituel, qui nous aide à nous inspirer de sa sainteté pour notre vie spirituelle. Nous avons besoins de modèles. St Paul lui-même nous dit « imitez-moi ». C’est aussi une façon d’exprimer notre foi dans la Communion des Saints, qui est un article du Credo. Nous sommes solidaires de nos frères chrétiens, vivants ou morts.

Les fruits spirituels sont là. Par exemple, le Chemin de St Jacques de Compostelle a débuté au IXe siècle, quand la tombe de l’apôtre et de ses deux compagnons a été retrouvée en Galice. Certains de nos lecteurs pourront ne pas croire qu’il s’agit vraiment de la tombe de St Jacques. Mais enfin, les recherches archéologiques ont confirmé qu’il s’agissait de 3 corps du Ier siècle, de type proche oriental. Toute la chrétienté s’est mise en route, cheminant de sanctuaires de reliques en reliques (Ste Foy de Conques, St Fleuret d’Estaing, St Sernin de Toulouse, St Juan d’Ortega etc). Cela a permis de sécuriser les territoires repris aux Maures, de fonder hospices et monastères, d’enclencher un réel développement spirituel et économique et d’assurer une véritable fécondité spirituelle. Fécondité qui a traversé les siècles jusqu’à nous. Depuis que St Jean-Paul II a fait organiser les JMJ de Santiago, l’Europe s’est remise en marche. Actuellement, plus de 200 000 personnes s’y rendent chaque année. Combien de conversions, de vocations religieuses, de fiançailles sont nées sur le Camino , en se rendant  vers le tombeau, réel ou supposé, de St Jacques ?

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