“Religions du Livre” et chronologie (3/3)

Doit-on comprendre les trois religions du Livre dans une logique chronologique ? (3/3)

L’apologétique musulmane, et cela se comprend, voit dans la chronologie d’apparition des trois monothéismes, la confirmation de la véracité et de la primauté de l’islam. Elle s’appuie sur quelques versets du Nouveau Testament, comme celui où Jésus annonce qu’Il enverra « un autre Paraclet », comme en Jn 14,16 ou 15, 26.

Evidemment, ni les Juifs, ni les chrétiens n’admettent cette façon de voir. S’il ne nous appartient pas de détailler le point de vue du judaïsme, nous pouvons simplement dire d’un point de vue chrétien que cet argument n’est en rien convaincant : plusieurs livres du Nouveau Testament parlent de la venue après Jésus-Christ « d’antichrists » (2 Jn 7), de « faux prophètes » (1 Jn 4, 1) ou de « faux » docteurs, pasteurs, enseignants etc. « Et même l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu » (Jn 16, 2), ce qui ne manque pas de prendre toute sa réalité quand le Père Hamel ou de nombreux martyrs chrétiens sont tués au nom de l’islam. L’Apocalypse évoque aussi les adorateurs de la Bête qui croient bien faire en éliminant « ceux qui suivent les commandements de Dieu et les témoins de Jésus » (Ap 14, 12).

Bref, vu le nombre d’hérésie chrétiennes nées au cours de l’histoire, une innovation en matière de foi n’est pas un gage d’authenticité. Au contraire, la Révélation chrétienne est donnée une fois pour toutes en Jésus Christ et les disciples doivent préserver le « dépôt de la foi » contre les hérésies, les spéculations théologiques… Et les interdits alimentaires. C’est un des principaux messages des Epîtres pastorales : Lettres à Timothée et celle de Tite. Si ce sont les hérésies du moment et les interdits alimentaires juifs qui sont visés, une lecture chrétienne de ces textes reste d’actualité pour les nouvelles hérésies, les nouveaux interdits alimentaires, les nouvelles théologies spéculant contre la foi catholique.

Moins d’un siècle après l’apparition de l’islam, le Père de l’Eglise St Jean Damascène voyait déjà le caractère hérétique et problématique pour la foi catholique de ce qui n’était pas encore bien discerné comme une nouvelle religion. L’histoire l’a confirmé.

Le dialogue islamo-chrétien permet de rapprocher les points de vue et de coopérer parfois pour la paix et la justice. Mais il exige de ne pas accepter les présupposés musulmans : il n’y a pas de « religions du Livre » en christianisme et ce qui vient après le Christ ne le dépasse pas.

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