Quitter le monde pour le Royaume (3/3)

On se sanctifie dans la place que la Providence nous assigne. Vos ennuis commencent lorsqu’on vous contestez cette position, sous prétexte que le monde est mal fait. C’est la racine de l’impiété puis de l’incrédulité. Ne cherchez pas ailleurs, sauf à vouloir vous perdre. (3/3)

Ce qui est parfaitement vrai dans ce troisième volet d’une même question, c’est que la sanctification des personnes peut se faire là où elles sont, dans leur état de vie, leur lieu de vie, leur métier etc. C’est, par exemple, le cœur de la spiritualité de l’Opus Dei : la sanctification par le travail et l’exercice des responsabilités ordinaires du chrétien. C’est, de façon générale, le cas dans tout mouvement de laïcs ou donnant une grande place aux laïcs : Renouveau charismatique où tous les états de vie communient à une même vie dans l’Esprit, mouvements ignaciens discernant le travail de Dieu et la « contemplation dans l’action » (St Ignace de Loyola) dans l’exercice des responsabilités comme le MCC etc.

Ce qui, en revanche, n’est pas vrai du tout, c’est d’avoir une position fixiste et de refuser tout changement de vie et toute action pour la construction du Royaume de Dieu. Au contraire, le Christ nous invite de façon pressante à « tout quitter pour le suivre » (cf. Mc 10, 28-31). Tous les religieux quittent « la place que la Providence leur assigne » dans une « contestation » radicale « du monde ». Ils quittent leur famille, leur métier, leur lieu de vie. Ils s’engagent dans la pauvreté, la chasteté et l’obéissance là où ils n’avaient pas été placés. Tous intercèdent pour le salut du monde et pour la conversion des pécheurs, dans un monde où le mal règne.

Les religieux apostoliques, eux, oeuvrent pour lutter contre le mal dans le monde, que ce soit par des soins, de l’éducation, de l’accompagnement spirituel et catéchétique etc. Dire que les religieux qui quittent toute leur place et font des choix de vie qui contestent frontalement les valeurs de ce monde sont impies et incrédules… N’est certainement pas catholique. Dire que les missionnaires qui partent « aux périphéries » géographiques ou existentielles « se perdent » est très grave. Cela revient à dire que Ste Mère Teresa de Calcutta, St François Xavier ou Ste Jeanne Jugan sont “impies”, “incrédules”, et “se perdent”. Dieu merci, le Bon Samaritain n’est pas resté à sa place de Samaritain et il a contesté l’injustice du monde à son niveau.

Que le lecteur laïc ne pense pas que seuls les religieux sont concernés. Bien des laïcs font ces choix radicaux de ne pas rester à leur place et de s’engager totalement au service du Christ, à rebours de l’esprit du monde. Pour reprendre les exemples que nous citions, les numéraires de l’Opus Dei, les consacrés des communautés nouvelles, les assistants à l’Arche ou les consacrés des Foyers de charité sont, canoniquement, des laïcs. Cela ne les empêche pas de s’engager dans le célibat, de vivre en communauté, de mettre leurs biens en commun et de se laisser envoyer par leurs supérieurs (qu’ils soient des « directeurs », « responsables », « modérateurs » selon les terminologies de chaque famille spirituelle) aux périphéries parfois très lointaines etc.

Même ceux vivant en famille sont disponibles pour la mission, ce qui implique des choix majeurs, comme par exemple de vivre en béguinage, d’aller servir dans un centre spirituel CVX ou une mission du Rocher dans un quartier difficile.

Quitter le monde pour le Royaume (3/3)
5 (100%) 1 vote