Qui est Melchisédek?

Qui est le personnage de Melchisedech Roi Salem dans la Bible ?

On ne sait presque rien sur lui. Le Livre de la Genèse relate sa rencontre avec Abraham en à peine trois versets : « Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu très-haut. Il le bénit en disant : « Béni soit Abram par le Dieu très-haut, qui a créé le ciel et la terre ; et béni soit le Dieu très-haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. » Et Abram lui donna le dixième de tout ce qu’il avait pris. » (Gn 14, 18-20).

Cette cérémonie a lieu après la victoire dans la guerre dite « des quatre rois ». Quatre roitelets soumis à cinq autres, dont les rois de Sodome et Gomorrhe, se révoltent. En attaquant Sodome, ils prennent comme captifs Loth, le neveu d’Abraham (qui n’a pas encore fait l’Alliance avec le Seigneur et s’appelle donc encore « Abram »), et tous ses biens. Ce qui oblige Abraham à combattre avec les rois de Sodome et Gomorrhe, malgré leur dépravation (leurs noms signifient « malfaisance » et « méchanceté », tout un programme !) pour libérer Loth. La fin du chapitre 14 indique d’ailleurs qu’Abraham refuse de bénéficier du butin conquis pour ne pas avoir davantage de liens avec ces rois malfaisants, alors qu’il vient de payer la dîme à Melchisédek.

L’action de grâce au cours de la cérémonie présidée par Melchisédek indique plusieurs choses : 1) d’autres qu’Abraham croient en Dieu et l’adorent, Abraham n’a pas le monopole de la relation à Dieu et, par voie de conséquence, son descendant Moïse non plus ; 2) Melchisédek, dont le nom est traduit par « roi de justice » (de melech, « roi » et tsedek, « justice ») a une forte autorité morale et spirituelle. Il est prêtre du Seigneur ; 3) Abraham reconnait cette autorité et lui paye la dîme due aux prêtres ; les relations entre eux deux sont très bonnes ; 4) Salem, « paix », est généralement identifiée à Jérusalem, ce qui est l’indice d’un culte à Dieu en ce lien bien avant que David ne prenne la ville ; 5) Melchisédek est à la fois roi et prêtre, fonctions qui ne seront plus cumulées ensuite dans le judaïsme, ni le christianisme.

On n’en sait pas beaucoup plus mais ce peu est crucial pour les chrétiens. Car l’autre texte biblique où il est question de Melchisédek, c’est la Lettre aux Hébreux : « Cette espérance, nous la tenons comme une ancre sûre et solide pour l’âme ; elle entre au-delà du rideau, dans le Sanctuaire où Jésus est entré pour nous en précurseur, lui qui est devenu grand prêtre de l’ordre de Melchisédek pour l’éternité. » (He 6, 19-20). Pour comprendre ce qui se joue, il faut lire le chapitre 7. Il poursuit en montrant la primauté de Melchisédek sur Abraham, puisque ce dernier lui a payé la dîme et que c’est lui, qui bénit Abraham et non l’inverse, ce qui est une position de préséance. Il précise aussi au verset 3 que « et à son sujet on ne parle ni de père ni de mère, ni d’ancêtres, ni d’un commencement d’existence ni d’une fin de vie ; cela le fait ressembler au Fils de Dieu : il demeure prêtre pour toujours. »

Bref, l’Epître aux Hébreux montre comment Melchisédek est une préfiguration de Jésus en tant que prêtre. C’est fondamental car, selon la Loi juive, seuls les hommes de la tribu de Lévi peuvent être prêtres, alors que Jésus est de la tribu de Juda. Toute la théologie chrétienne sur le salut donné par Jésus avec son sacrifice de la Croix serait caduque en ce sens. De même, les chrétiens ne pourraient pas dire que Jésus a effectué sur la Croix le sacrifice pour notre salut une fois pour toute et que les sacrifices du Temple de Jérusalem sont devenus inutiles. Enfin, les prêtres catholiques ne pourraient pas réactualiser ce sacrifice lors de l’Eucharistie, parce que n’étant pas non plus de la tribu de Lévi, ils ne pourraient pas être prêtres.

Or, en montrant Melchisédek comme une figure du Christ non encore incarné, et comme prêtre, non pas par naissance dans un groupe humain donné, mais par une légitimation qui vient de beaucoup plus loin, la Lettre aux Hébreux montre que le salut par la Croix, l’Eucharistie et le sacerdoce chrétien sont possibles, même en se fondant sur l’instance de validation incontournable, la Torah. C’est fondamental pour l’établissement de l’Eglise, qui peut se réclamer de l’autorité de la Parole divine qu’est la Bible, et héritière des promesses divines.

Enfin, Melchisédek roi et prêtre sur le lieu de la Présence de Dieu, à Jérusalem, permet de dire que le Christ est aussi roi et prêtre et qu’Il peut être « raccroché » à la Présence de Dieu, et la manifester, même après la destruction du Temple. Là où les Juifs vont dire que Dieu n’est plus présent puisqu’il n’y a plus de Temple et plus de sacrifices accomplis par les prêtres selon la Loi de Moïse, les chrétiens peuvent répondre en s’appuyant sur l’Ecriture : un sacerdoce en dehors du Temple est possible, Jésus peut être prêtre et accomplir le sacrifice de la Croix rendant inutiles ceux du Temple, Il peut être aussi en même temps le Messie, celui qui a reçu l’onction royale. Et, par conséquent, Il peut déléguer le rôle sacerdotal à des hommes, les prêtres catholiques, bien qu’ils ne soient pas de la tribu de Lévi.