Que proposer pour susciter des vocations sacerdotales?

Ces jours-ci ont eu lieu des ordinations de prêtres et je m’en réjouis. Mais j’appartiens à un diocèse rural ou in n’y a pas eu d’ordinations sacerdotales depuis dix ans. Aucun séminariste non plus, et l’on sait qu’il faut environ 8 ans pour en former un. Mon doyenné n’aura plus aucun prêtre dans un an, et je constate que s’il n’y a pas de ministre pour rassembler, la vie ecclésiale est proche de zéro. Que propose l’Eglise pour faire face à cette situation, en dehors de la prière pour les vocations (j’ai un fils prêtre sur un autre continent !) et des bonnes paroles habituelles ?

N’étant ni évêque ni encore moins pape, nous ne pouvons pas répondre à cette question, qui n’est pas directement théologique mais pratique, du moins dans la façon où elle est tournée. Tout juste pouvons-nous donner notre opinion.

Et, même si elle est un brin provoquante, notre réponse serait que l’Eglise… Ne propose rien car ce n’est pas à elle de proposer quoi que ce soit. En effet, les prêtres ne poussent pas dans les bénitiers. Ils sortent bien de quelque part.

Certes, certains viennent de milieux complètement non chrétiens et ont vécu une conversion fulgurante. Mais la plupart viennent de familles très catholiques. La plupart ont été dans l’enseignement catholique, ont été scouts ou dans un mouvement de jeunes, ont été aux JMJ, ont été bien sûr à l’aumônerie du lycée, puis étudiante. Or, qui sont les encadrants de tous ces lieux ? Des laïcs. Ce sont d’abord les parents, puis les catéchistes et les responsables d’aumônerie, les chefs scouts, les adultes accompagnant retraites, JMJ et divers pélé etc.

Ce sont donc les laïcs qui doivent être interpelés. Quels engagements prennent-ils pour que les vocations sacerdotales éclosent ? Qui va prendre son tour dans l’accueil d’une église dans un village reculé, ou même en ville, pour que les garçons, grands et petits, prennent l’habitude d’entrer dans les églises plutôt que de trouver porte close ? Quel discours leur père ou les hommes de la famille leur tiendront-ils ? Et leurs mères et leurs tantes ? Qui veillera à ce que le garçon aille à la messe, lise et regarde des œuvres un minimum spirituelles, fasse sa confirmation etc ? Qui se formera suffisamment en théologie pour être un catéchiste compétent ou simplement répondre aux questions des jeunes et moins jeunes de la famille ?

Car, rajoutons en dans la pointe de provocation. Contrairement à ce que la plupart des lecteurs entendent sans doute, il n’y a pas pénurie de prêtres en France. Il y a un nombre de prêtres proportionné au nombre de pratiquants dans ce pays. S’il y a entre 100 et 150 (les très très bonnes années !) ordinations par an, contre 1000 au pic des vocations en 1965, c’est que les catholiques sont bien moins de 10% à être pratiquants réguliers. Un peu plus en comptant les pratiquants occasionnels, et encore, plus de la moitié ne mettent même pas les pieds dans une église même pour un mariage, un baptême ou un enterrement (et les catholiques sont moins de 60% de la population). Quoi de plus normal quand, selon les derniers chiffres que nous avons vus, qui datent d’au moins 5 ans, à peine 30% des enfants nés en France sont baptisés, seulement 10% confirmés, 70 000 mariages à l’église, moins de 70% d’enterrements et non incinération (ce qui ne veut même pas dire qu’il y a eu des funérailles catholiques) etc.

Nous posons donc la question à chaque lecteur : quelle est la régularité de sa pratique des sacrements, a-t-il été jusqu’au bout des sacrements d’initiation chrétienne, quid de ses enfants ? S’est-il marié à l’Eglise ou alors il attend quoi ? Quels engagements d’Eglise a-t-il pris ?

Et sur la question spécifique de la vocation, des garçons deviennent prêtres parce qu’ils rencontrent des prêtres, qu’il y en a dans leur famille, que leur cousin ou un bon copain entre au séminaire… Mais aussi que leur tante, leur sœur, leur cousine, une copine, voire leur ex petite amie entre dans les ordres. Le lecteur est célibataire ? Quand entre-t-il au séminaire, ou dans un ordre religieux ? La lectrice l’est ? Quand se présente-t-elle à un noviciat, ou au diocèse pour une candidature de vierge consacrée ? Le lecteur est marié ? Quand fait-il en sorte d’être appelé comme diacre ? Et la lectrice mariée, que fait-elle pour que son mari le devienne, sachant que c’est un engagement de couple ?

L’auteur de la question nous dit qu’un de ses fils est missionnaire. Rendons-en grâce à Dieu. Mais que propose-t-elle, elle, aux garçons et filles de son entourage, aux célibataires ou aux couples mariés, pour que d’autres vocations naissent ? Car une vocation sacerdotale, c’est, encore une fois, un peu comme le coronavirus. Ca se développe par cluster. Et l’agent de diffusion, c’est bien l’Esprit de prière, mais aussi d’annonce et d’appel.