Que penser de Jean-Paul II embrassant un Coran?

J’ai une question concernant le rapport de St Jean-Paul 2 avec l’islam. Après avoir entendu que Jean-Paul 2 aurait embrassé le Coran au cours de son pontificat, je suis allé vérifier l’information sur internet où on voit effectivement une photo de lui embrassant un livre vert qui semble être le Coran. Ma remarque n’a pas pour but de critiquer mais souligne une interrogation : que penser de cela sachant que le dialogue interreligieux nous demande d’avoir de bons rapports avec les musulmans mais est- ce valable avec une idéologie et un ouvrage qui contient malheureusement des appels au meurtre (je l’ai constaté personnellement dans certaines sourates). Comment peut- on juger cet acte à la lumière de l’enseignement de l’Eglise ?

La question n’est pas de savoir si le Coran contient des appels au meurtre ou non. Nous ne disons pas le contraire mais de plus compétents en islamologie que nous pourront se prononcer. La question est de savoir si, lorsqu’on dialogue avec les représentants des autres religions, on le fait sérieusement ou non. Tous les diplomates le savent : en la matière, on discute avec des gens qui ne nous plaisent pas et dont on ne partage ni les intérêts, ni les valeurs. Sinon, il n’y aurait pas de raison de créer des instances de dialogue. Ce serait une conversation aimable et fluide entre amis.

Par conséquent, si St Jean-Paul II a voulu promouvoir le dialogue inter-religieux – et Dieu sait à quel point il s’est impliqué pour le promouvoir – il fallait qu’il le fasse sérieusement et, à commencer, sans exclusive. Autrement, on pourrait lui faire le même reproche dans ses discussions avec les représentants des communautés juives : nous autres, catholiques, sommes habitués aux attaques anticléricales sur les versets violents dans la Bible. Idem pour les autres religions. l’Hindouisme est une religion profondément discriminatoire du fait de son système de caste, bien des violences ont été commises – et en particulier contre des chrétiens – au nom du Bouddhisme etc. Qui peut garantir en scrutant le moindre Veda, le moindre Upanishad, l’Avesta ou tous les textes sacrés qui peuvent exister dans le monde, qu’ils n’appellent pas au meurtre au détour d’une phrase ? En tous cas, nous ne nous avancerons pas. Du coup, pourquoi exclure une idéologie plutôt qu’une autre ?

Cela pose plus fondamentalement la question de la raison d’être du dialogue inter-religieux. C’est un commandement. Le Christ demande de « rendre raison de l’espérance qui nous habite », c’est même la devise de notre site. Cela implique de parler à celui qui ne partage pas cette espérance en raison. Bien sûr, il s’agit d’évangélisation mais on n’évangélise pas en ne dialoguant pas avec un minimum de bienveillance ni sans comprendre les codes culturels de l’interlocuteur. C’est une tradition scripturaire : St Paul, dans son discours d’Athènes (Actes 17), recherche d’abord le terrain commun avec ses auditeurs de l’Aréopage. Il loue leur piété, leur cite le tragédien Eschyle et part d’un dieu de leur religion à eux, le fameux dieu inconnu, pour développer sa catéchèse. Cette tradition s’est perpétuée avec St François d’Assise, le dialogue philosophique à un siècle d’écart entre St Thomas d’Aquin et Averroès et d’autres.

Pourquoi ? Parce que foi et raison sont liées et que le dialogue est aussi une façon d’évangéliser. L’enjeu n’est pas tant que le Coran contienne des versets violents, il est, pour commencer, que les musulmans cessent de commettre des violences au nom du Coran. Là encore, c’est la démarche du Christ. Dans l’épisode de la femme adultère, Il ne refuse pas la discussion sous prétexte que la Torah contient un verset ordonnant de lapider les femmes adultères. Il ne remet même pas en cause ce verset. Mais Il fait en sorte qu’il devienne inapplicable.

Venons-en au dernier point. Nous ne savons pas non plus si St Jean-Paul II a vraiment embrassé un Coran ou non. Selon les sources que nous consultons, il aurait voulu ainsi donner une marque de respect aux germes de vérité contenus dans ce texte et ce qui prépare à l’ouverture au Christ. Ce qui est le B. A. BA de la théologie catholique des religions. Mais peu importe. Il aurait aussi été oint par une prêtresse hindoue (cf. https://www.reponses-catholiques.fr/jean-paul-ii-et-la-pretresse-hindoue/). Or, les musulmans considèrent les Hindous avec un profond mépris, comme des païens polythéistes. Il faudrait savoir : soit on l’accuse de paganisme et d’accointance avec l’Hindouisme, soit avec l’Islam. Mais il n’est pas possible de faire les deux à la fois. Il faut donc comprendre à sa juste place la portée de son geste.