Puis-je être catholique et franc-maçon ? (II)

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Le deuxième problème posé par la maçonnerie à un catholique, c’est une culture du secret assez malsaine. Sans tomber dans l’idéologie totalitaire de la transparence, tout aussi mortifère, les sociétés secrètes n’ont pas bonne presse dans l’Église, car la tentation de l’affranchissement vis-à-vis de l’autorité légitime est grande lors que son pouvoir de gouvernement ne peut pas s’exercer clairement et publiquement.

Les exemples historiques ne manquent pas, même sous l’Ancien Régime, dans le royaume du roi très-chrétien (la Compagnie du Saint-Sacrement).

D’autre part, s’il ne faut pas non plus tomber dans un complotisme exagéré, un citoyen et un catholique sont assez légitimement en droit de savoir à quel genre d’association ou de courant de pensée appartient celui ou celle qui remplit des responsabilités dans la société ou brigue ses suffrages. Si l’on prétend qu’une société moderne doit encourager le débat public entre des citoyens responsables, il ne semble pas sain qu’on se cache pour penser. Penser et agir entre soi est une tentation dangereuse d’orgueil et d’esprit de caste.

Par contre, l’Église n’est pas a priori contre les mouvements, les associations de chrétiens destinés à favoriser non seulement la vie chrétienne en générale, mais aussi les relations sociales. Les fameux « Chevaliers de Colomb », si nombreux et si puissants aux États-Unis, sont un mouvement encouragé par les autorités catholiques. Mais l’appartenance de ses membres est connue de tous. D’autres exemples pourraient être donnés dans d’autre pays.

Pourquoi n’utilise-t-on jamais à son égard le mot de « secte » alors qu’il pourrait parfaitement s’appliquer, on peut se poser la question.

Enfin, dernière difficulté, qui concerne davantage la France. Dans la dernière moitié du XIXe, la franc-maçonnerie est devenue un courant de pensée, pour ne pas dire une contre-église, dont le combat principal a été l’éradication de l’influence de l’Église catholique dans notre pays. Elle s’est souvent alliée à certaines minorités hostiles au catholicisme. Inutile de se cacher derrière son petit doigt, ses responsables s’en sont expliqué clairement et, à de très nombreuses reprises, publiquement. Renvoyer l’Église dans les sacristies et le secret de la vie privée, en lui substituant une autre religion (avec ses rites, son clergé, son catéchisme et ses temples), tel était son objectif, avec les résultats que l’on sait.

Par conséquent, même si elle est aujourd’hui en perte de vitesse idéologique et sociale, la franc-maconnerie reste donc incompatible avec la foi catholique.

Abbé Hervé Courcelle Labrousse

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