Puis-je être catholique et franc-maçon ? (I)

Pour répondre à cette question, il faudrait pouvoir donner une définition de la franc-maçonnerie. C’est un mouvement, pour ne pas dire des mouvements, complexes, ayant variés dans leurs croyances et leurs pratiques au cours de l’histoire. On constate qu’elle a oscillé entre club pour aristocrates désœuvrés et amateurs de folklore et « église » de substitution à vocation anticatholique. Parfois, ces aspects se sont mélangés ou côtoyés. Plusieurs courants de pensée s’y affrontent et la situation n’est pas la même selon les pays. Ainsi, par exemple, des milliers d’ecclésiastiques en ont fait partie, aux XVIIIe et XIXe siècles, sans pour autant être de dangereux infiltrés.

Pourtant, assez vite, la franc-maçonnerie a été condamnée par le Magistère, et continue à l’être. De nombreux pontifes et prélats ont signifié une incompatibilité radicale entre l’appartenance à l’Église et à la franc-maçonnerie.

Comment comprendre cette condamnation ? Au-delà de l’appartenance à un « club » sélect de réflexion, susceptible d’entretenir des relations utiles à la vie sociale et professionnelle, quels sont les problèmes que pose la franc-maçonnerie ?

Le premier concerne les idées ou l’idéologie véhiculée dans les loges. Pour faire bref, la tendance générale des francs-maçons aujourd’hui est de considérer qu’il existe un savoir supérieur, susceptible de conduire l’homme à son épanouissement. En d’autres termes, le salut est dans la connaissance et, qui plus est, dans une connaissance qui dépasse les religions et les sagesses traditionnelles. Nous sommes là dans un vieux courant, bien connu de l’Église, qu’on a coutume d’appeler « gnose ». C’est une tentation éternelle de la pensée humaine, à laquelle l’Église a été confrontée dès les premiers instants de son histoire. Saint Irénée de Lyon y a consacré (vers 170 ap. JC) un ouvrage considérable : « Contre la gnose au nom menteur » et qu’il faut lire. On ne peut pas négliger aussi la fascination qu’exerce la promesse de dépasser le commun des mortels pour entrer dans l’élite choisie des sages (ésotérisme).

La difficulté est qu’à l’âge moderne, le vieux message circule sous un emballage renouvelé. Au nom de la tolérance, du respect des autres, il est de bon ton de dire que « toutes les religions se valent », qu’il est (peut-être) bon d’en avoir une, mais qu’il ne faut être ni intégriste ni prosélyte » et que les francs-maçons œuvrent à cette réconciliation « par le haut ».

C’est là où l’on franchit la ligne blanche. Les papes l’ont compris très tôt et il faut leur en savoir gré. Débarrassée de ses oripeaux libéraux et de son folklore, cette idéologie est une négation de la foi et conduit, peu ou prou, à un relativisme incompatible avec la foi chrétienne. Jésus-Christ est l’unique sauveur, et c’est la foi en lui qui sauve par le baptême. Aucune sagesse de ce monde, aussi élevée soit-elle, n’apportera le salut à quiconque. Plus encore, ce salut est offert à tous les hommes au même titre, sans qu’un groupe ou un autre puisse se prévaloir d’un destin supérieur.

Abbé Hervé Courcelle Labrousse

Puis-je être catholique et franc-maçon ? (I)
3.3 (65%) 4 votes