Psychanalyse, lecture typologique et Péché originel

Je ne comprends pas bien le texte de votre réponse “Comment justifier le Péché originel ? (1/8)” D’où tenez-vous qu’Adam et Eve sont des archétypes ? Disputatio : Sur un plan physique, le Professeur Lejeune se faisait fort de démontrer par la génétique que l’homme descend d’un couple originel. Sur un plan théologique, où trouve-t-on cette affirmation dans le Magistère et dans la tradition ? Il y aurait donc la faute d’une Eve archétype, auquel aurait succédé le “fiat” d’une sainte Vierge Marie bien déterminée ? Bizarre. Par ailleurs, parler d’archétype pour Adam et Eve pourrait conduire à relativiser la gravité de la faute, voire même l’existence de cette faute. Dès le départ le genre humain serait par nature enclin à faire le mal (c’est ce que sous-entend votre exemple de la malignité des bébés ou des blessures in utero). Pour moi il y a bien eu une Faute réelle, commise par la première femme puis par le premier homme, qui ont délibérément fait mauvais usage de leur liberté, alors qu’ils vivaient dans la proximité de leur Créateur. La punition a été aussi terrible que celle des anges, terrible parce qu’à proportion de la qualité de l’Offensé. Mais à une différence près : L’Homme vit dans le temps et procrée, transmettant automatiquement la Tâche. Les anges sont dans l’éternité et leur état est définitivement fixé par leur choix. En conclusion, comment justifier le Péché originel ? Par le risque inhérent à la création par amour gratuit d’êtres spirituels doués de volonté libre. Par la gravité de l’offense faite quand cette liberté n’a pas été correctement utilisée. PS : L’argument de la psychanalyse me répugne : comme chrétien, je n’ai pas besoin d’elle pour savoir que je suis né blessé. Par ailleurs j’estime que la psychanalyse est avilissante pour l’homme.

Il y a beaucoup de thèmes abordés dans cette question, qui est plutôt un commentaire. Nous jugeons plus pertinent de répondre point par point au fil du texte pour que le lecteur s’y retrouve.

D’où tenez-vous qu’Adam et Eve sont des archétypes ? Disputatio : Sur un plan physique, le Professeur Lejeune se faisait fort de démontrer par la génétique que l’homme descend d’un couple originel.

Oui, enfin, l’a-t-il vraiment fait ? Et si oui, quelles sont les sources, que nous serions ravis de découvrir ? Car, pour autant que nous sachions, on ne peut pas dire que le Pr Lejeune soit très connu pour cela et ce n’est certainement pas sa principale contribution à la science, pas plus qu’à la bioéthique. Cf., par exemple, l’émission “Au plus petit d’entre les miens” sur KTO le 19/8/20.

Sur un plan théologique, où trouve-t-on cette affirmation dans le Magistère et dans la tradition ? Il y aurait donc la faute d’une Eve archétype, auquel aurait succédé le “fiat” d’une sainte Vierge Marie bien déterminée ? Bizarre.

La lecture dite typologique est très courante en exégèse. Un personnage de la Bible est vu comme la préfiguration d’un autre et on a donc un « type », qui se retrouve à plusieurs moments de l’Ecriture. Nous avons évoqué dans une question récente Melchisédek, qui serait une préfiguration, donc un « type » du Christ prêtre et roi. Ou encore l’Arche de Noé préfiguration du salut. Un autre exemple très connu est le sacrifice d’Isaac, préfiguration de celui du Christ, et donc Isaac étant un « type » christique. On pourrait multiplier les cas. Et qu’Eve soit une préfiguration de la Vierge, c’est une évidence dans la Tradition, puisque Marie est appelée la « Nouvelle Eve ». C’est bien que l’une est l’archétype de l’autre. Ou l’autre la post-figuration de la première.

Pour une lecture de l’Ecriture fidèle à l’Eglise, le lecteur pourra s’appuyer sur le texte de la Commission biblique pontificale. Il rappelle que la seule interprétation de la Bible à rejeter dans la foi catholique, c’est la lecture littéraliste des textes. Cf. https://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/pcb_doc_index_fr.htm

Par ailleurs, parler d’archétype pour Adam et Eve pourrait conduire à relativiser la gravité de la faute, voire même l’existence de cette faute.

Pourquoi ? Où avons-nous dit qu’il n’y a pas faute ? Cette assertion est sans fondement.

 Dès le départ le genre humain serait par nature enclin à faire le mal (c’est ce que sous-entend votre exemple de la malignité des bébés ou des blessures in utero).

Oui, c’est bien cela le Péché originel. Sauf que ce n’est pas par nature, c’est par suite de son adhésion au Mal.

Pour moi il y a bien eu une Faute réelle, commise par la première femme puis par le premier homme, qui ont délibérément fait mauvais usage de leur liberté, alors qu’ils vivaient dans la proximité de leur Créateur. La punition a été aussi terrible que celle des anges, terrible parce qu’à proportion de la qualité de l’Offensé. Mais à une différence près : L’Homme vit dans le temps et procrée, transmettant automatiquement la Tâche.

Plus personne de sérieux ne parle de transmission par procréation, thèse fondée sur une interprétation erronée de la pensée de St Augustin. Le Péché originel se transmet mais ça n’a rien à voir avec la procréation. Un enfant né par PMA n’est pas plus épargné qu’un autre.

Les anges sont dans l’éternité et leur état est définitivement fixé par leur choix. En conclusion, comment justifier le Péché originel ? Par le risque inhérent à la création par amour gratuit d’êtres spirituels doués de volonté libre. Par la gravité de l’offense faite quand cette liberté n’a pas été correctement utilisée.

Oui, certes. C’est le cas pour quiconque pèche à n’importe quelle époque.

PS : L’argument de la psychanalyse me répugne : comme chrétien, je n’ai pas besoin d’elle pour savoir que je suis né blessé. Par ailleurs j’estime que la psychanalyse est avilissante pour l’homme.

Cette affirmation mettrait peut-être en joie un psychanalyste, qui voudrait creuser un peu l’emploi de termes aussi agressifs. Mais elle laisse de marbre un théologien, La théologie est une science sérieuse, et on n’est pas dans le « j’aime / j’aime pas » des opinions personnelles, mais dans un travail rigoureux.

Ceci dit, nous ne cherchons pas spécialement à défendre la psychanalyse, ce n’est pas notre propos. Nous avons simplement illustré dans notre article https://www.reponses-catholiques.fr/comment-justifier-le-peche-originel-1-8/ que la psychanalyse exprime avec un langage et des concepts très différents de la théologie des idées qui peuvent étayer la doctrine du Péché originel. Et que la plupart des gens, qui sont tout à fait prêts à adhérer au discours psychanalytique, ne sont, par conséquent, pas cohérents en rejetant les vérités de l’Eglise sur le même sujet.

Quant à ne pas en avoir besoin comme chrétien peut-être. Mais un théologien qui doit annoncer la foi catholique, lui, doit en connaitre un minimum. La psychanalyse est une branche de la philosophie et un diplôme canonique de théologie comprend 2 ans de philosophie, dont au moins un cours sur Freud ou un autre grand auteur (Jung, Lacan etc). Le Pape Benoît XVI a même ajouté un an pour permettre aux prêtres et théologiens d’être mieux formés en philosophie et sciences humaines. Le Pape François a confirmé cette tendance dans les formations des séminaires.