Prier avec les musulmans?

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Question: Je voulais savoir si prier avec les musulmans au motif qu’on adore le même Dieu, ou même honorer leurs lieux saints, est une faute, voire un péché grave, vu que saint Jean Damascène a classé l’Islam parmi les hérésies. 

L’Eglise nous enseigne, notamment depuis le concile de Vatican II, de tenter de dialoguer avec les musulmans et de trouver des rapprochements vers plus de paix et de justice. Les péripéties récentes, en particulier l’hystérie qui a suivi le discours de Ratisbonne de Benoît XVI en 2006, montrent que cela doit se faire sans naïveté ni compromission. Chrétiens et musulmans adorons peut-être le même Dieu, comme le rappelle la grande prière du Vendredi Saint, mais notre intelligence de Dieu est très différente.

Les musulmans refusent de croire en un Dieu trinitaire, et par conséquent, à la divinité de Jésus, Dieu le Fils incarné pour notre salut. Cela est un désaccord rédhibitoire. Par ailleurs, ils nient la mort sur la Croix et la résurrection du Christ, le noyau dur, l’essentiel de la foi chrétienne. Enfin, ils accusent Juifs et chrétiens d’avoir falsifié les Ecritures, en allant jusqu’à prétendre, pour la majorité des courants de l’Islam, que c’est leur ancêtre Ismaël qui n’est (finalement pas) sacrifié par Abraham et non Isaac.

L’etat actuel du dialogue islamo-chrétien, surtout dans un contexte de persécutions graves des chrétiens – et même, le mot est officiel, de génocide commis par l’Etat islamique – dans de très nombreux pays musulmans incite à la prudence. Un grand respect doit être dû au sentiment religieux sincère de musulmans pacifiques, à leurs Ecritures, à la personne du Prophète, à leurs lieux saints. Ce qui n’empêche pas la critique courtoise. Cela peut aller jusqu’à se recueillir dans une mosquée, comme l’ont fait les Papes Benoît XVI et François, et, bien sûr, à prier dans le même lieu dans une rencontre interreligieuse, comme l’a invité à le faire le Pape François à la Pentecôte 2014.

Mais cela ne veut pas dire « prier avec » des musulmans, ni « honorer » leurs lieux saints. La nuance peut sembler subtile, mais elle est de taille. Un Pape dans une mosquée est respectueux, fait un geste amical. Il ne l’ « honore » pas. Et si un chrétien prie dans une mosquée, c’est parce qu’il peut prier en tout lieu, y compris dans le bus, en se promenant dans la campagne ou sur un lit d’hôpital, et non spécifiquement parce qu’il est dans une mosquée. Ce peut d’ailleurs être l’occasion de prier pour que les musulmans vivent en paix avec leurs frères en humanité ou qu’ils rencontrent le Christ Jésus.

De même, les rencontres interreligieuses n’organisent jamais de prières communes mais successives ou parallèles (dans des pièces différentes). Au Vatican, le 8 juin 2014, chacun des représentants des trois religions présentes a prié à tour de rôle. Ils n’ont pas prié « ensemble ».

Ajoutons pour conclure un point qui n’est pas assez développé dans le dialogue interreligieux. La foi en Dieu peut rapprocher chrétiens et musulmans dans l’action commune : en vue d’œuvrer pour plus de justice sociale, la défense de la vie et la dignité humaine de la conception à la mort naturelle, la famille composée d’un père, d’une mère et de leurs enfants. Ce peuvent être des sujets de belles rencontres.

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