Pourquoi prier pour les autres?

J’ai du mal à comprendre l’utilité du mécanisme de l’intercession en matière religieuse. Selon https://eglise.catholique.fr/glossaire/intercession/, l’intercession est une prière de demande en faveur de quelqu’un. Jésus, médiateur par excellence, prie son Père en faveur de l’humanité. Le Nouveau Testament nous indique que cette prière n’a pas de frontières : « pour tous les hommes et les dépositaires de l’autorité » (1 Tm.2, 1-2), « pour les persécuteurs » (Rm 12,14), « pour le salut de ceux qui ne croient pas » (Rm 10,1). La Vierge, les saints et les bienheureux intercèdent pour ceux qui ont recours à eux. Si Dieu sait tout et est infiniment bon, à quoi peuvent bien servir des demandes qui lui seraient transmises par ses “proches” de la part des fidèles ? Pour quelle efficacité ? Qu’apporte l’intercession à Dieu en matière de connaissance de la situation ou de ce qu’il convient de faire ? Pour l’apparence, cette représentation ne ressemble-t-elle pas à un anthropomorphisme qui transposerait au ciel le fonctionnement des administrations humaines (une sorte d’incitation au lobbying ?) ? En l’absence d’autres explications, je peux imaginer un intérêt pédagogique : s’agirait-il d’un moyen (un truc) pour conduire les fidèles à : – s’intéresser davantage les uns aux autres ; en n’intercédant pas, nous priverions (c’est pas bien !) des personnes de bienfaits dont ils ne bénéficieraient pas faute d’intercession de notre part ; – adopter une attitude de solliciteur à l’égard de Dieu (pour entretenir la conscience de notre dépendance ?) ?

A ce compte-là, « Si Dieu sait tout et est infiniment bon, à quoi peuvent bien servir des demandes » pour soi-même ? Pourquoi prier tout court ? Pourtant, si nous prions, c’est parce qu’Il nous le demande : « Veillez et priez sans cesse » (Mt 26, 41). Le Christ prie, et Il prie aussi pour les autres (cf. Lc 22, 32). Et comme la question le rappelle bien, toute la Bible recense des prières d’intercession, de Moïse pour le Peuple aux Apôtres pour les frères.

L’auteur de la question a bien raison de pointer l’aspect « pédagogique » de la prière d’intercession. Pour être plus précis, c’est l’aspect fraternel qui est renforcé. Prier pour les autres, c’est être solidaire d’eux, exercer la Charité, la plus grande des vertus chrétiennes, et faire communauté. Dans la foi catholique, cela s’appelle la Communion des saints. Même la mort n’arrête pas la fraternité de ceux qui font Eglise ensemble.

Cette question dénote cependant une vision de Dieu qui n’a rien de chrétienne : Dieu est lointain, absent, sourd aux prières. C’est le « Dieu des philosophes » que dénonce Pascal, le Grand Horloger maçonnique. L’Histoire l’a bien montré, cette attitude finit par conduire à l’athéisme. Un Dieu qu’on ne peut pas prier, ni pour soi, ni pour les autres, c’est-à-dire avec qui on ne peut être en relation personnelle, est un Dieu inutile. Autant considérer qu’Il n’existe pas.