Pourquoi ne pas réhabiliter Loisy?

Alfred Loisy fut excommunié en 1907 pour des propositions jugées hétérodoxes contenues dans son livre Evangile et Eglise. Pourtant ses prises de position apparaissent bien modérées (un simple “rhume des foins” dira Maritain) par rapport à celles de théologiens des années 60-70 qui, eux, ne furent jamais inquiétés. L’Eglise ne devrait-elle pas revoir son jugement sur Loisy ?

Ce n’est pas à nous de juger ce qu’il en est du bien fondé de l’excommunication de Loisy. Rappelons que c’est une mesure disciplinaire, donc relevant de la gouvernance de l’Eglise et non à proprement parler théologique. Rappelons aussi que Loisy a refusé de se soumettre à l’autorité de sa hiérarchie, ce qui n’est jamais le signe d’une pleine communion avec l’Eglise, quand bien même on a raison. N’est pas Thérèse d’Avila qui veut.

Rappelons, enfin, que ses thèses sont contestables. Si l’exégèse historico-critique que Loisy a promue a fait avancer le travail des biblistes, elle a conduit à des abus et elle est sérieusement remise en question de nos jours au profit d’autres méthodes, l’analyse narrative, en particulier. En outre, il semble quand même bien que Loisy n’adhérait pas pleinement à la foi catholique, voire était teinté d’agnosticisme sur certains points. S’il faut revoir le jugement de l’Eglise à son encontre, cela demanderait un travail scientifique d’étude de ses écrits et propos, puis une évaluation théologique. Plusieurs publications scientifiques portent sur la crise moderniste. Si elles n’ont pas amené à une révision du point de vue sur Loisy, c’est qu’il faut continuer à creuser.

D’autant plus que, n’exagérons rien, on ne se prive pas d’étudier Loisy dans les séminaires et facultés de théologie. Ce qui nous amène au deuxième thème de la question : ce n’est pas parce que les uns ne sont pas inquiétés que cela exonère les autres de leurs erreurs. L’eau a coulé sous les ponts entre le début du XXe siècle et les années 60, la recherche biblique catholique a progressé, surtout grâce à Pie XII, on a découvert les manuscrits de Qumran, le dialogue œcuménique avec les Protestants, et inter-religieux avec les Juifs ont pris un grand essor après la Deuxième guerre mondiale etc. Le contexte est différent. Et il est sûr qu’après la levée des excommunications entre orthodoxes et catholiques en 1964, la tendance n’était pas à l’excommunication.

Pour être excommunié, il fallait vraiment en faire en provoquant un schisme et en défiant l’autorité papale, comme l’ont fait les sédévacantistes et les lefebvristes (et encore, St Jean-Paul II a attendu 1988 et l’échec de toutes sortes de tentatives de dialogue dans ce dernier cas). En matière de théologie, la pratique depuis cette époque penche nettement du côté de la liberté de recherche, Benoît XVI l’a rappelé à plusieurs reprises. Là aussi, il faut vraiment pousser le bouchon des hérésies très loin pour être, même pas excommunié, mais interdit d’enseignement comme Hans Küng, qui tient des propos frontalement opposés à la foi catholique, ou certains théologiens de la Libération (pas tous), qui prêchaient des thèses ouvertement marxisantes.

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