Pourquoi ne pas reconnaitre les évêques anglicans et vieux-catholiques?

Bien que Mgr Lefebvre et les quatre évêques ordonnés par lui aient été excommuniés, l’Eglise catholique a reconnu implicitement la validité de ces ordinations et, par voie de conséquence, celle des ordinations de prêtres faites par ces évêques et donc la validité des sacrements célébrés par eux. Cette reconnaissance tacite est fondée sur le principe de succession apostolique. Dans ces conditions, ne doit-on pas considérer comme valides les ordinations anglicanes (quoiqu’en ait dit Léon XIII) et celles des évêques vieux-catholiques qui s’inscrivent dans la succession apostolique?

Les enchainements des présupposés de cette question ne sont pas exacts. Avant de répondre à proprement parler à la question, précisons certains points :

  • Les excommunications contre les quatre évêques en question ont été levées par Benoît XVI dans un but de miséricorde et de réconciliation à leur égard, avec le scandale que l’on sait provoqué à propos de Mgr Williamson
  • Cela ne signifie en rien une reconnaissance implicite de ces ordinations. Le problème n’a jamais été qu’elles n’étaient pas valides, le problème était – et est toujours – qu’elles ne sont pas licites. Autrement dit, personne ne conteste que les personnes en question soient évêques ou prêtres selon les cas. Mais aux yeux de l’Eglise catholique, ils n’ont pas le droit de l’être. Le droit et le fait, ce n’est pas la même chose.

De la même façon, il n’a jamais été prétendu que les sacrements administrés par les prêtres lefebvristes n’étaient pas valides. Ils ne sont pas licites. Pour le dire simplement, les sacrements administrés par ces prêtres sont « efficaces ». Mais un catholique de bonne foi ne doit pas y avoir recours, ce qui est le cas de tout catholique qui a lu cet article jusqu’ici.

Lors de l’Année de la Miséricorde, le Pape François a insisté publiquement sur la validité de ces sacrements, en particulier à propos de la Réconciliation et du Mariage. En clair, son idée est qu’il vaut mieux s’être confessé à un prêtre lefebvriste que ne pas se confesser du tout, et que les personnes mariées devant ces prêtres sont bien mariées « à l’Eglise ». Mais, encore une fois, sauf danger mortel ou impossibilité grave (une région très étendue où il n’y aurait qu’un prêtre lefebvriste, et de grandes difficultés à circuler, par exemple, ce qui est peu probable actuellement), tout catholique de bonne foi ne doit pas avoir recours à eux.

Les lefebvristes sont schismatiques, c’est-à-dire qu’ils ont fait sécession par rapport à la Communion de l’Eglise catholique. Mais leur séparation ne porte pas sur des questions dogmatiques ou de théologie fondamentale. Nous avons la même foi. Ils refusent le Concile de Vatican II, qui est un concile pastoral et non dogmatique. La validité de leurs sacrements s’explique donc : ils ont les mêmes que les catholiques.

Si une analogie doit être faite avec une autre confession chrétienne, ce serait avec l’Eglise orthodoxe. Le conflit avec elle porte sur des questions ecclésiales et non doctrinales (à de rares exceptions faciles à résoudre, comme la question du Filioque, mais que, comme nous l’avons écrit près dans plusieurs articles, par exemple https://www.reponses-catholiques.fr/le-filioque-de-nos-jours/, pourrait très bien être résolue). Les sacrements orthodoxes sont valides pour les catholiques (mais pas réciproquement pour la plupart des églises orthodoxes, ce qui explique qu’un catholique ne puisse demander les sacrements à un prêtre orthodoxe, sauf pour le mariage).

Dans le cas des orthodoxes, l’Eglise catholique reconnait pleinement leur succession apostolique, tout comme pour les lefebvristes. Personne ne nie que ce sont bien des évêques.

La question des « Vieux-catholiques » et des Gallicans, avec toute la diversité qu’il existe entre leurs différentes églises, est un peu différente (cf. https://www.reponses-catholiques.fr/eglise-gallicane/). Ils rejettent le Concile de Vatican I, et donc des dogmes du Magistère catholique comme l’Infaillibilité pontificale. Comme l’explique notre article, certains refusent le sacrement de Réconciliation et se sont rapprochés de l’anglicanisme et du luthérianisme. Leur doctrine est déjà plus éloignée de la foi catholique.

Quant à l’anglicanisme, rappelons que, même si on ne parle plus que rarement en ces termes grâce aux progrès de l’œcuménisme, c’est une hérésie. Les Anglicans ont adopté un certain nombre de croyances du protestantisme et leurs sacrements, hormis le baptême, ne sont plus les mêmes, leur Eucharistie, par exemple. Bref, leurs sacrements ne sont ni valides, ni licites et, partant de là, leurs ordination pas plus que les autres sacrements.

Ce qui ne veut pas dire que l’Eglise catholique considère comme nulle et non avenue leur qualité d’évêque, même si la succession apostolique passe par les évêques catholiques de leurs lieux. C’est bien pour cela que l’Eglise catholique a publiquement désapprouvé les ordinations de femmes comme évêques anglicanes. Cela met un obstacle supplémentaire à la réconciliation, si l’unité entre catholique et anglicans était un jour possible.

Commentaires

  1. Bruno ANEL

    Je ne connais pas les Eglises d’Orient sauf, un peu, l’Eglise copte orthodoxe d’Egypte. Elle considère qu’il n’y a pas lieu de parler de schisme, vu qu’elle n’a jamais fait allégeance à Rome. Pour les coptes, l’évêque de Rome est patriarche d’Occident, leur pape est patriarche d’Alexandrie. On peut avoir de bonnes relations mais c’est tout.

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