Pourquoi les catholiques défendent le Pape?

Pourquoi nous catholiques (surtout les prêtres) sommes toujours enclins à défendre le Pape François, à nuancer ses propos même quand il dit des choses clairement fausses (ex: la peine de mort n’a jamais été morale ou les divorcés et remariés peuvent communier dans certaines circonstances) ou tient des propos très imprudents. Il faut plutôt le critiquer quand il le faut. Ne le flattez pas au détriment de l’Eglise. Ses propos ont scandalisé plus d’un catholique et ont été une occasion de rigolade pour nos détracteurs et ennemis. Vous justifiez certains de ses propos par le fait qu’il est Jésuite ou argentin. Mais le pape n’est pas le principal de la communauté Jésuite ou de la conférence épiscopale argentine. Il est le pape, chef de l’Eglise catholique universelle. Il est une référence pour moi un catholique d’Afrique du Sud comme il l’est pour les catho américains ou asiatiques. Saint Paul n’hésitait pas à critiquer Saint Pierre lorsqu’il le fallait. Je parle de critiquer constructivement bien sûr! J’ai été content de lire un article sur le site de l’americain ‘Catholic answers’ qui a fait le même constat que moi qui me croyais mauvais catholique.

Pourquoi des catholiques défendent le Pape ? La question ne manque pas de sel et, pour le coup, il y aura de quoi rigoler pour toutes sortes de Protestants, francs-maçons et athées.

Sur le fond, le pape actuel répond lui-même : « Qui suis-je pour juger ? » On peut retourner la question à l’interlocuteur. Qui est-il pour juger ses propos « clairement faux » ou « imprudents ». Car, pour commencer, les deux exemples sont faux, ou au minimum, imprudents :

  • La peine de mort. Quand un commandement de Dieu stipule que « Tu ne tueras point », au minimum, la peine de mort n’est pas si morale que cela. Certes, elle a été admise par l’Eglise au long des siècles mais le Catéchisme de l’Eglise catholique rappelle que tuer n’est moral qu’en cas de légitime défense et que, par conséquent, son autorisation par l’Eglise se limite au cas où elle est une légitime défense ne permettant pas de faire autrement. On ne voit plus trop à quel cas cela peut correspondre dans la réalité alors que la prison à vie existe. Certes, les peines de prison à vie sont rarement appliquées jusqu’au bout, mais c’est un autre problème
  • Il est aussi imprudent de prétendre qu’il dit que les divorcés-remariés peuvent communier dans certaines circonstances. Il dit qu’ils doivent avoir un accompagnement spécifique, ce n’est pas la même chose. Car cet accompagnement ne conduit pas forcément à communier (cf. Amoris Laetitia et l’indissolubilité du mariage — Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr); D’accord avec le Pape et Amoris laetitia? — Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr)).

Que le Pape choque ou scandalise certains, c’est inévitable. Nous ne connaissons aucun pape qui n’ait pas scandalisé des fidèles ou des non-chrétiens, que ce soient Benoit XVI, St Jean-Paul II, St Paul VI, St Jean XXIII, Pie XII et nous nous arrêterons-là (OK, peut-être que Jean-Paul Ier n’a pas eu le temps de choquer qui que ce soit). On a vu, par exemple, les polémiques à la béatification, puis canonisation de Jean-Paul II et le pontificat de Benoît XVI reste un souvenir douloureux pour beaucoup, quand on voit les attaques lamentables dont il a été victime, y compris de catholiques, et même de consacrés.

A propos de St Jean-Paul II et Benoît XVI, revenons sur la nationalité argentine et l’appartenance aux Jésuites du Pape François. D’abord, il a été tout de même archevêque de Buenos Aires. Ensuite, nous avons tenté d’expliquer son point de vue en prenant en compte sa culture, ce qui n’est pas pareil que « justifier ». Mais surtout, on peut faire une analogie avec ses deux prédécesseurs :

  • Jean-Paul II était polonais. Une grande partie de son pontificat, en particulier dans ses positions vis-à-vis du communisme, ont été clairement influencées par sa nationalité. De même, il a multiplié les visites en Pologne, a maintenu des liens privilégiés avec l’église polonaise et ce n’est un secret pour personne qu’il a fortement soutenu l’action de cette église et de Solidarnosc. Pourtant, qui irait dire qu’il n’était pape de l’Eglise universelle ?
  • Benoît XVI était théologien. Il était formaté par sa formation théologique. Dieu sait que les média ont écrit là-dessus, sur son désir de convaincre par la raison plutôt que de séduire par la communication. N’était-il pas aussi le Pape de tous ceux qui n’ont jamais fait de théologie ?

C’est un peu pareil pour le Pape François : sa nationalité et sa formation intellectuelle et spirituelle ont un impact sur sa pensée. C’est le cas de tout le monde. Comme disent les Jésuites, justement, « « on parle toujours de quelque part » et les pensées « hors sol vues d’avion » tournent vite à l’idéologie.

St Jean-Paul II, pour en revenir à lui, a écrit dans son encyclique Veritatis splendor, que l’instance ultime pour qu’un catholique se fasse une opinion, c’est sa conscience. Mais que cette conscience doit être formée et conformée au Magistère de l’Eglise. Pour être précis, avant de critiquer le Magistère de l’Eglise – et les textes officiels du Pape François en font partie – il fallait d’abord :

  • S’informer, lire les textes
  • Les méditer, prier dessus
  • Demander conseil à un prêtre ou un théologien
  • Echanger avec des chrétiens solides dans leur foi.

Donc même lire www.reponses-catholiques.fr, ou son homologue américain, ne dispense pas de lire les textes et consulter d’autres personnes compétentes. Nous ne pouvons qu’encourager nos lecteurs à mieux lire les encycliques et exhortations du Pape et à tenter de comprendre son cheminement avant de les critiquer. En tous cas, c’est comme cela que nous concevons notre rôle pour annoncer la foi catholique.

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