Pourquoi l’Eglise autorise-t-elle la dévotion à des reliques non authentifiées? (2/2)

J’ai quelques questions concernant la vénération des reliques : 1) Tout d’abord, je ne doute pas de la véracité de la pratique, mais quelles sont les sources bibliques encourageant cette pratique ? 2) Pour certaines reliques, l’authenticité n’est pas toujours très fiable et parfois pas forcément attestée (les clous de la Sainte Croix, morceau de la Sainte Croix, la Couronne d’Épines…ou parfois certains ossements de saints et de saintes dont on ne sait pas vraiment si ces restes sont bien les leurs, comme les reliques des Rois Mages par exemple qui se trouvent d’ailleurs à plusieurs endroits, à Cologne notamment ou encore au Mont Athos ou d’autres un peu plus farfelues comme le Saint Prépuce, les Saintes Dents, le Saint Berceau ou encore la Ceinture de la Vierge), comment se fait-il donc que l’Église autorise ou laisse se faire, la vénération de reliques dont la véracité n’est pas sûre ? (1/2)

2° Venons-en à l’authenticité des reliques. Tout d’abord, comme dit au 1e volet de cette question, il est normal d’avoir des reliques de la même personne ou du même objet à plusieurs endroits, parce qu’elles étaient tout simplement partagées. A ce propos, signalons que, contrairement à un cliché tenace, non, tous les morceaux de la Vraie-Croix connus ne rempliraient pas une forêt entière. Ce sont le plus souvent de petites échardes et Famille chrétienne avait présenté un calcul réalisé par des chercheurs il y a quelques années. Il déterminait que les morceaux de la Vraie-Croix connus, y compris ceux qui ont été répertoriés à un moment de l’Histoire mais ont disparu depuis, ne représentent que 36% de la taille d’une croix de l’Antiquité. Les moqueries contre les reliques, qu’elles soient d’origine protestante ou anti-chrétiennes sont trop souvent adoptées par les catholiques alors qu’elles ne sont souvent pas plus fondées que la provenance qu’elles critiquent.

Car, oui, des origines de reliques sont douteuses, parfois carrément fausses. Mais la preuve de leur fausseté n’est pas évidente à faire non plus. Parfois, elles donnent lieu à des controverses scientifiques qui passionnent pendant des décennies et qui sont toujours en cours : le St Suaire de Turin, la Relique d’Oviedo, la Tunique d’Argenteuil, la Sainte-Lance qu’Hitler voulait avoir en sa possession etc. Pour autant, on l’a vu au 1e volet, les chrétiens ont commencé très tôt à recueillir les restes et objets des saints et martyrs et ont été très performants pour les conserver : la tombe de St Pierre est reconnue comme authentique par le consensus scientifique. Donc, dès les années 60, les chrétiens étaient capables d’identifier et transmettre des éléments matériels de la dévotion aux saints.

Mais, en fait, l’Eglise ne se situe qu’en partie sur ce terrain-là :

  • Evidemment, si une relique est fausse, elle va l’admettre et elle participe au débat scientifique (autorisation de faire des recherches etc)
  • Croire aux reliques n’est pas un dogme. Ce n’est pas obligatoire pour un catholique
  • Par conséquent, l’Eglise propose aux fidèles une dévotion à des reliques, que la Tradition attribue à tel saint. C’est une tradition, pas une affirmation
  • Une relique ne sert qu’à soutenir la foi des fidèles. Elle doit aider à entrer dans une méditation, qui pourrait se faire autrement. C’est une aide, pas plus
  • Un principe théologique est qu’on juge l’arbre à ses fruits. Si les fruits de la dévotion à un saint, via ses reliques, sont bons – grâces reçues, conversion, vocations religieuses, approfondissement de la vie spirituelle – c’est que la source est bonne
  • En particulier, ce type de dévotion « prend » d’autant mieux, le plus souvent, qu’il y a des miracles. C’est Dieu qui fait les miracles. Le ferait-Il si la relique est fausse ? Il peut. Mais c’est plutôt un indice de son authenticité

Dans tous les cas, l’important, pour la foi, ce sont les fruits spirituels.