Pourquoi élire le Pape ?

Avant d’être élu par le collège des cardinaux, par qui et comment était élu le Pape ? Il me semble qu’il était autrefois choisit par le peuple de Rome et qu’auparavant encore, il était directement désigné par son prédécesseur ? Pourquoi d’ailleurs le Pape est-il élu ? Pourquoi ce système d’élection ? Et pourquoi la participation à celle-ci est-elle réservée à une élite, les cardinaux ?

Effectivement, St Pierre aurait choisi lui-même ses trois successeurs Lin, Clet (ou Anaclet) et Clément, l’auteur de l’Epître de Clément de Rome aux Corinthiens. Ensuite, cet article assez complet de Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Conclave, décrit plusieurs phases qui se sont succédées :

  • choix de l’évêque, et donc celui de Rome, par acclamation
  • choix de l’évêque par un collège de dignitaires laïcs et membres du haut clergé
  • à partir de 1059, élection par les cardinaux
  • ce n’est qu’en 1274 que l’élection se fait systématiquement en conclave et à bulletin secret.

Pourquoi choisir le mode d’élection plutôt que le choix d’un successeur par le pape ou d’autres modes de choix comme le tirage au sort, utilisé pour trancher entre Mathias et un autre pour remplacer l’apôtre Judas ?

D’une part, si l’autorité de St Pierre était incontestable, on voit bien que même dans le choix de St Mathias, il s’est plié à une certaine collégialité. En outre, un pape pourrait ne pas être en état de désigner son successeur, ou encore, les circonstances peuvent changer entre le moment où il fait son choix et la fin de son pontificat. C’est aussi la porte ouverte à toutes sortes de conflits et contestations : c’est bien ce qui s’est passé dans l’Islam, où le prophète Mahomet a – aurait, selon le point de vue qu’on adopte – désigné son successeur, choix immédiatement combattu par son gendre. Il en a découlé un schisme sanglant entre sunnites et chiites, qui fait encore des victimes de nos jours.

De même, un processus permet de désigner le successeur du Dalaï-Lama. Mais quand un pouvoir temporel dictatorial fait disparaitre ce successeur sans forcément le tuer, avant même que le Dalaï-Lama en exercice meure, qu’est-ce qu’on fait ? Dans le cas d’un Pape, on peut toujours en élire un à la fin du pontificat du prédécesseur. Même dans une catacombe s’il le faut.

D’autre part, le tirage au sort permet de trancher entre deux options, comme dans le cas de Mathias où il n’y avait que deux candidats. C’est beaucoup plus difficile entre plusieurs cardinaux papabile. Il faudrait faire des parties deux par deux en explorant toutes les combinatoires possibles, qui peuvent s’élever tout de suite à un nombre considérable. C’est d’une rare complexité et ce n’est pas tellement l’esprit.

Il en découle que l’élection, après invocation de l’Esprit-Saint, est l’option la plus juste. C’est d’ailleurs cohérent avec la Tradition de l’Eglise, où les abbés et supérieurs de congrégations sont élus, des textes du Magistère votés en synode etc.

Enfin, le fait de limiter le droit de vote a un collège de cardinaux est censé défendre l’élection contre les pressions externes, les effets de mode, la propagande. Les laïcs, mais aussi certains évêques, ont trop de risques d’y être soumis. Les exemples dans l’Histoire sont multiples.

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