Pourquoi débattre sur la crémation si les morts incinérés ressuscitent?

« Memento homo quia pulvis est et in pulverem reverteris ». La disputatio au sujet de la crémation me semble “byzantine”. En effet, si la résurrection est possible pour la poussière pourquoi ne le serait-elle pas pour des cendres?

Nous avons répondu tout récemment à une question sur la crémation, qui reprenait plusieurs articles sur ce thème : https://www.reponses-catholiques.fr/leglise-permet-elle-lincineration/

En effet, un cadavre brulé ressusciterait autant qu’un autre, tout comme un défunt mutilé, mangé par des animaux, perdu en mer etc. C’est une des raisons pour lesquelles l’Eglise tolère maintenant l’incinération, après l’avoir longtemps interdit. Elle l’a interdit car la question n’est pas là.

Le véritable sujet porte sur la manifestation de la foi manifestée ou non en incinérant un mort. Dans les sociétés antiques, la crémation était en usage dans des cultures païennes. Les anciens Hébreux, puis les Juifs, au contraire, enterrent leurs morts et, au fur et à mesure de l’Histoire du salut, ont eu la conviction que les morts ressuscitent avec leur corps. Les religions païennes incinérant les leurs n’affirment pas du tout la résurrection des corps. C’était vrai chez les Romains de l’Antiquité, ce l’est toujours dans l’hindouisme, par exemple. Il en résulte qu’incinérer un corps est traditionnellement une manière de montrer qu’on ne croit pas à sa résurrection. La coutume de disperser les cendres renforcent cette conviction : on fait disparaitre complètement toute trace de la personne, en couplant éventuellement cet acte avec une croyance en son « recyclage » dans les éléments de l’univers, mais certainement pas dans sa résurrection.

En outre, la foi chrétienne a dans ses principes fondamentaux le respect de la dignité de la personne humaine, qui se manifeste dans le respect du corps. C’est pour cela que l’Eglise proscrit tout ce qui aliène le corps, que ce soient les mutilations volontaires, la prostitution, la GPA etc. Ce respect de la dignité humaine s’étend au cadavre : refus absolu de toute profanation, exigence de respecter vraiment la volonté du défunt en cas de prélèvement d’organe (et donc refus qu’il soit possible par défaut)… Et refus de tout ce qui détruit intentionnellement la dépouille. C’est, quoi qu’on en dise, le cas d’une crémation.

Seul un bien supérieur peut justifier d’attenter à l’intégrité du cadavre : don d’organes, dissection aux fins de recherche scientifiques (et on sait à quel point cela a été longtemps contesté), examen légiste pour connaitre la cause de la mort etc. Ce n’est pas le cas d’une incinération.

On peut imaginer que des personnes faisant le choix de se faire incinérer, ou leur famille qui fait ce choix pour elles, croient tout de même en la résurrection. Mais est-ce si sûr ? Et, à partir du moment où existe un mode de funérailles qui exprime beaucoup mieux l’espérance chrétienne, rien que dans ses modalités physiques, à savoir l’enterrement, pourquoi ne pas choisir ce mode multi-séculaire pratiqué par nos aînés dans la foi?

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