Pourquoi appeler un prêtre “mon père”?

Un ami m’a posé une question concernant le fait qu’on donne l’appellation de “père” aux prêtres, en référence au passage de Matthieu (23:9) où il est écrit “Et ne donnez à personne sur la terre le nom de père; car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est dans les cieux”. Pourriez-vous m’éclairer sur ce sujet ?

C’est en effet une question difficile et une objection habituelle des Protestants au sacerdoce. Cependant, il faut aussi se rappeler que les prêtres sont les successeurs des « Anciens » dans l’Ecriture, par exemple dans le début de la Deuxième lettre de Jean : « L’Ancien à la Dame élue, et à ses enfants, lesquels j’aime sincèrement, et que je n’aime pas moi seul, mais aussi tous ceux qui ont connu la vérité. » Presbuteros en grec signifie « ancien ».

Les Anciens se voient confier une communauté, pour laquelle ils occupent une fonction de gouvernement « en bons pères de famille », si l’on veut, en tous cas de façon paternelle. C’est ainsi que leur rôle et celui des évêques est décrit dans les Epîtres pastorales que sont les Lettres à Timothée et celle à Tite.

C’est d’ailleurs ainsi que St Paul appelle Timothée « Mon enfant bien aimé » (2 Tm 1, 2), alors que ce dernier n’est en rien son fils. Paul prend donc une posture de paternité spirituelle auprès d’un disciple. Il se présente aussi comme père nourricier de petits enfants dans la Première lettre aux Corinthiens : « Je vous ai donné du lait, non de la nourriture solide, car vous ne pouviez pas la supporter; et vous ne le pouvez pas même à présent. » (1 Co 3, 2).

Enfin, toute la tradition spirituelle monastique est articulée sur le binôme du père spirituel – fut-il une mère spirituelle dans le monachisme féminin – et du disciple. C’est donc une tradition, non seulement apostolique, mais constante dans le christianisme.

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