Pour qui Dieu existe? Approche mystique (3/4)

Dieu existe? Et Marie était-elle parfaite? Quelle preuve avons-nous?  (3/4)

Venons en maintenant à la raison de toutes ces interrogations. Dans le fond, quelle importance y a-t-il que Dieu existe ou non ? La position agnostique sera souvent que cela n’a aucune conséquence pratique. Dieu existe peut-être mais à l’écart du monde. Les théistes des Lumières limitent son action à une impulsion de départ – ils reconnaissent la cause première évoquée au 1e article – mais qui est suivie par son retrait total. Le monde suit son cours et c’est à l’homme d’agir. Si la co-action de l’homme n’est pas fausse dans une perspective chrétienne, puisque Dieu lui confie la Création au chapitre 2 de la Genèse, elle ne va pas sans Dieu.

La Bible décrit cette action de Dieu dans l’Histoire, comme évoqué dans l’article 2, action qui devient la plus visible dans les faits et gestes de Jésus-Christ. Mais, en dehors de la vie terrestre de Jésus – et encore faut-il le reconnaitre comme Dieu fait homme – voir l’action de Dieu n’est pas évident et bien des gens ne la voient tout simplement pas.

C’est la vie spirituelle qui permet de « discerner les signes des temps » (Vatican II) et l’action de Dieu dans l’Histoire. La relecture, telle que pratiquée par certaines spiritualités comme la spiritualité ignacienne, par exemple, apprend à le faire. Cela sur le plan collectif et individuel. Car dans le fond, personne ne croira longtemps en un Dieu qui n’a aucun impact dans sa vie. Le théisme abstrait des philosophes conduit souvent à l’athéisme. Dieu est un Dieu pour moi. C’est donc par une expérience personnelle que l’on sait que Dieu existe : en le rencontrant.

Plusieurs personnes témoignent de cette rencontre personnelle. Les plus élevés dans la vie mystique font même des expériences très fortes, parfois accompagnées de locutions ou de visions. En clair, ils voient Dieu et Lui parlent. L’objection immédiate est que ces rencontres ne sont pas réelles, que la personne s’illusionne, qu’elle ment, qu’elle a des hallucinations, voire qu’elle est gravement malade psychiquement.

Pourtant, on ne peut pas dire que tous ceux qui ont cette expérience spirituelle sont fous. Trop de gens très raisonnables, équilibrés et bien insérés socialement la font. Une des plus grandes mystiques catholiques, Ste Thérèse d’Avila, par exemple, a fait des expériences particulièrement singulières. Elle avait un contact avec Dieu particulièrement proche, jusqu’au mariage spirituel et à l’inhabitation de la Trinité en elle. Or, c’était une femme énergique et raisonnable, très intelligente et au bon sens pratique, meneuse d’hommes (et de femmes s’agissant de ses filles carmélites). Et elle a pu en rendre compte de façon intelligible dans ses écrits.

On a cherché toutes sortes d’explications aux expériences que Thérèse décrit dans ses livres : de la classique hystérie, à la crise d’épilepsie, ou l’arrêt cardiaque en passant par la schizophrénie. Dans tous les cas, il s’agit de maladies. Or, la psychanalyste agnostique et d’origine orthodoxe Julia Kristeva explique dans son livre Thérèse mon amour, que loin d’être pathologiques, ces expériences sont thérapeutiques. Elles ont libéré Thérèse de souffrances psychiques, l’ont aidée à surmonter des maladies physiques ainsi que les épreuves de la vie et l’ont ouverte aux autres. Une pathologie ne fait pas du bien, ne rend pas plus ouvert, plus raisonnable et plus dynamique.

On en revient donc, en conclusion de ces trois articles, à la théorie du théologien Richard Swinburne (cf. https://www.reponses-catholiques.fr/probabilite-de-lexistence-de-dieu/). Les preuves de l’existence de Dieu sont un peu comme les preuves judiciaires. On a un faisceau de présomptions, des indices, qui permettent à un jury de juger selon son intime conviction. Si l’existence de Dieu est l’explication la plus simple de l’apparition de l’univers et de la vie et qu’aucune autre théorie scientifique n’est plus convaincante, si elle est attestée dans des documents, par des prophéties qui se réalisent, des miracles, des témoignages oculaires, si on n’a pas de bonne raison de remettre en cause le témoignage de ceux qui en font l’expérience… C’est qu’il est plus raisonnable de croire qu’elle est fondée que l’inverse.

Pour qui Dieu existe? Approche mystique (3/4)
Notez cet article