Politique et avortement

foetus

Un homme politique peut-il être contre l’avortement à titre personnel et en voter des lois favorables? Un catholique peut-il voter pour lui?

Cette question implique des questions à tiroir. La première concerne les convictions d’un homme politique que nous supposons confessant sa foi catholique. Comme tout chrétien, les hommes politiques doivent vivre selon l’Evangile et être fidèles au Magistère de l’Eglise. Cela implique de respecter les principes non-négociables (cf. notre article sur ce sujet). Sur la question spécifique de l’avortement, ils sont censés ne pas voter pour des lois permettant ou aggravant le recours à l’avortement, même s’ils font partie d’un parti politique ou d’un gouvernement défendant cette pratique. Dans certains pays du continent américain, il s’est trouvé des évêques pour refuser l’absolution, voire excommunier, des élus catholiques ayant agit ainsi.

En Europe, ce genre de réactions des évêques est rare et a peu de chance d’être opérant. Car on peut se trouver devant deux cas de figure. Dans le premier cas, l’homme politique en question pense sincèrement qu’il ou elle s’abstiendrait moralement de pratiquer un avortement ou d’inciter à le faire. Mais il ou elle estime que c’est un droit que d’autres n’ayant pas ses critères éthiques peuvent librement pratiquer. Dans ce cas, c’est le discernement moral et la formation chrétienne de la personne qui est en cause, au même titre que d’autres chrétiens connaissant mal le Magistère de l’Eglise ou n’étant pas, dans le fond, en communion avec elle. L’enjeu est donc un enjeu d’évangélisation, de formation morale, voire de catéchisation.

Dans le deuxième cas, l’élu est bien conscient du contenu et de la portée de l’Enseignement de l’Eglise. Mais il peut estimer qu’il n’est pas opportun de lutter contre l’avortement dans son contexte. La politique est souvent un art du compromis et de la tactique. Elle implique discernement et prudence, attente de situations favorables, négociations. On peut le déplorer mais un chrétien en politique doit en tenir compte dans l’action publique : « Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc rusés [« prudents » selon certaines traductions] comme les serpents, et innocents [« purs », « simples » selon les traductions] comme les colombes » dit l’Ecriture en Mt 10, 16.

Un politique agît en général en fonction de ses intérêts électoraux. Il fait ce que veulent ses électeurs ou administrés. La question renvoie donc aux électeurs et citoyens chrétiens : que faisons-nous pour exiger de nos politiques d’agir pour prévenir et diminuer l’avortement ? Quelle évangélisation, quelles actions militantes, quelles contributions intellectuelles quels témoignages réalisons nous ? Quels risques sommes nous prêts à courir pour cela dans nos familles, avec nos amis, à notre travail ?

Ce qui amène finalement à la question du vote. Un catholique fait-il l’effort de voter pour un élu s’engageant clairement à lutter contre l’avortement ou vote-t-il « utile » ? Et s’il vote utile ou en fonction d’autre critères, pour quel bien qui surpasse la défense de la vie ? Et si le choix est inexistant et qu’aucun candidat à une élection ne s’engage publiquement contre l’avortement, pour qui va-t-il voter ? Pour celui qui est moralement contre ou celui qui ne l’est pas ? Selon ce critère-là ou d’autres ?

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