Peut-on représenter des païens dans une église?

N’est-il pas choquant qu’il soit représenté dans certaines églises des païens ? Je prends exemple sur les sybilles représentées dans la chapelle Sixtine, où le mélange des saints apôtres, des grands prophètes et des sybilles païennes…cela ne fait-il pas une mauvaise combinaison ?

Effectivement, il y a bien des Sybilles à la Chapelle Sixtine. Cf. notre article https://www.reponses-catholiques.fr/dies-irae/.

La question en pose en fait deux : 1° sur la représentation de personnages mythologiques païens ; 2° sur des êtres humains païens.

1° Il pourrait en effet être très discutable de représenter des personnages mythologiques. Mais force est de constater qu’il y a eu quelques cas. Pour ce qui est des Sybilles, il faut dire qu’un courant littéraire a tenté de les judaïser et christianiser. Les Oracles sybillins, texte écrit sur plusieurs siècles, d’abord par des Juifs, puis christianisés, sont des recueils où les Sybilles sont censées avoir, par anticipation, vu les vérités de la foi juive, puis chrétienne. Ce n’est pas absurde. L’oracle de Balaam en Nb 23-24 est bien prophétisé par un païen.

Notons qu’il y a dans les églises foules de représentations de diables, griffons, gargouilles etc. Ce n’est pas mieux mais ça ne dérange personne.

2° Pour ce qui est de personnes humaines, rappelons que dans la salle des signatures au Vatican sont représentés Platon et Aristote. Très tôt dans le christianisme, il a été perçu que la sagesse des païens, en particulier les philosophes, pouvait être utile à la raison, donc la foi. St Thomas d’Aquin se réclame constamment d’Aristote, qu’il appelle « le Philosophe » tout court. Déjà, dans l’Antiquité, le Père de l’Eglise St Clément d’Alexandrie, expliquait dans ses Stromates, tout l’intérêt de lire les philosophes et luttait contre la tentation d’une piété fondamentaliste déconnectée de toute démarche philosophique, c’est-à-dire scientifique. Il n’y aurait pas autant de grands chrétiens qui soient également de grands scientifiques s’ils ne lisaient pas d’autres scientifiques non chrétiens.