Peut-on communier “à la bouche”?

Je suis d’origine polonaise et je voulais que ma fille fasse sa première communion en communiant “à la bouche” en faisant d’abord une génuflexion, comme c’est l’usage dans ma culture. Mon curé a catégoriquement refusé, me disant que j’étais “dans l’erreur”, comme l’Eglise polonaise aussi. Pour un catholique, est-il aujourd’hui condamnable de communier dans la bouche ? Le prêtre, peut-il refuser cette forme de communier si elle est respectable et correspond plus à notre sensibilité?

Il a peut-être échappé à une personne d’origine polonaise que c’est un sujet « clivant » pour les catholiques français, symptomatique de sensibilités d’Eglise parfois en désaccords violents, surtout pour la génération des baby-boomers.

Le rituel autorise la communion « à la bouche » ou dans la main, le Corps du Christ étant reçu dans la main gauche et pris avec les doigts de la droite, ou dans les deux mains et portée à la bouche. On peut la recevoir debout, après s’être incliné, avoir fait une génuflexion ou rien ; éventuellement à genou.

De fait, la façon de communier comme-ci ou comme-ça peut indisposer dans certaines messes les prêtres ou les personnes donnant la communion. Dans les communautés religieuses où il est plus courant de communier sous les deux espèces, on a vu des personnes se voir refuser de communier au Sang du Christ parce qu’elles voulaient boire au calice et ne pas communier par intinction. Mais nous avons aussi vu ailleurs la personne donnant la communion prendre d’autorité la sainte hostie des mains du communiant, la tremper dans le calice et obliger le communiant à la prendre à la bouche, lui refusant de communier par intinction.

Ceci est triste si cela ne s’explique pas par des raisons pratiques, que les célébrants annoncent parfois avant. Ils peuvent par exemple expliquer que la communion se fera par intinction, pour des raisons de rapidité ou d’hygiène. Dans les grandes célébrations comme aux JMJ, une façon de communier est parfois imposée à tous pour harmoniser et maîtriser une communion de masse gigantesque.

Ceci dit, il est souvent recommandé, « à Rome, de faire comme les Romains » et d’éviter ce qui peut être matière à conflit ou scandale. Dans le cas de la question, il s’agit d’une préparation à la première communion. On peut discerner qu’il peut être prudent que la petite première communiante fasse comme tous ses camarades ce jour-là.

La question soulève une autre difficulté, celle du racisme et de la xénophobie dans nos communautés. Bien des catholiques, tenant par ailleurs de grands discours sur l’accueil de l’étranger et applaudissant aux interventions du Pape François sur les migrants, tiennent des propos hostiles sur les façons de vivre la foi des catholiques des autres pays. Cela n’est pas acceptable et demande à être repris, avec charité mais fermeté. C’est évidemment plus compliqué si cela vient du curé lui-même. Si aucun autre relais n’est possible (s’adresser à un vicaire de la paroisse, un groupe paroissial, aller dans une autre paroisse à proximité), en dernière instance, le recours est l’évêque.

 

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