Persécution des Juifs et Magistère

Au cours des siècles, l’Église s’est faite persécutrice des Juifs. Cette action n’est-elle pas une énorme faille théologique ? Sur quoi l’Église s’est-elle basée dans ces actions ? Cela ne résulte pas d’une énorme faille théologique qui met à mal l’intégrité du Magistère et de l’infailiblité du pontife romain qui définit de par celle-ci des choses qui doivent être attestées comme vraies ? Aussi plus loin, la reconnaissance de l’État Palestinien (reconnaissance de l’auto-détermination des peuples) n’est-elle pas elle aussi une faille théologique, alors que les prophéties bibliques nous disent bien qu’Israël serait un ? (visible notamment dans le livre de Zacharie).

Lorsque nous rédigeons notre réponse, nos frères juifs terminent leur semaine de Pessah et c’est l’occasion de leur souhaiter une bonne fête. Et que persécuter des Juifs pour des raisons religieuses est, nous en sommes tout à fait d’accord, une « énorme faille théologique ».

Une fois ceci dit, nous remarquons que personne ne s’interroge jamais sur les persécutions de Juifs contre des chrétiens au début du christianisme. Sans remonter au martyre d’Etienne et à St Paul, il faut tout de même rappeler que discriminations, expulsions et agressions physiques contre les chrétiens ont eu cours : pendant la révolte de Bar Kochba en 135 car ils étaient accusés d’être une 5e colonne des Romains, par exemple. La Michna (IIe siècle) ou le Talmud (V-VIe siècles selon qu’on parle du Talmud de Jérusalem ou celui de Babylone) s’en font écho. Que ces persécutions n’aient pas pu se faire à très grande échelle car c’était le pouvoir romain qui détenait l’exercice de la violence légitime n’est pas une excuse. Car, si des chrétiens ont persécuté des Juifs, c’est aussi parce que l’occasion fait le larron. Ils avaient tout simplement le pouvoir civil de le faire.

Ce qui nous amène au point suivant : ce n’est pas « l’Eglise » qui « s’est faite persécutrice des Juifs » mais des personnes et, parfois, des pouvoirs civils, qui étaient accessoirement chrétiens… Ou plus du tout à partir de l’antisémitisme racial et/ou socio-économique du XIXe siècle des athées positivistes, communistes, nazis, ou de gauche plus ou moins radicale, sans parler des islamistes. Que des clercs, ou même des théologiens catholiques, parfois de prestigieux Pères de l’Eglise, aient encouragé ces exactions et les aient justifiées avec des arguments théologiques, il serait malhonnête de le minimiser.

Mais le glissement consistant à dire que « l’Eglise » au singulier « s’est faite persécutrice des Juifs » est tout aussi malhonnête. Car justement, il n’y a rien en ce sens dans le Magistère. Au contraire, les Papes ont protégé les Juifs contre les violences des pouvoirs civils, en particulier les Papes d’Avignon qui ont donné refuge dans les Etats pontificaux à ceux expulsés et spoliés par Philippe le Bel. S’agissant des condamnations de l’Inquisition, rappelons que l’Inquisition n’avait de pouvoir de juridiction qu’en matière d’hérésie, c’est-à-dire vis-à-vis des catholiques. Si des Juifs en ont été victimes, c’est qu’ils étaient officiellement catholiques. Or, on ne peut pratiquer les deux religions à la fois, ni du point de vue juif, ni du point de vue chrétien. Dans les deux cas, on est rejeté par les deux communautés religieuses. (Du moins, pour être tout à fait complet, jusqu’à l’apparition des Juifs messianiques, mais ils ne sont pas catholiques et c’est un phénomène datant d’un siècle environ. Donc « l’Eglise » n’a aucune autorité doctrinale sur eux).

Au contraire, l’Eglise a toujours condamné l’antisémitisme. Déjà au IIe siècle, elle déclarait hérétique Marcion qui voulait exclure l’Ancien Testament du canon. Le Concile de Trente au XVIe a réaffirmé la « Dignitas Israelis » etc. jusqu’à Nostra Aetate de Vatican II. Voilà ce qu’il en est du Magistère de « l’Eglise ».

Ce qui nous amène à la question de l’infaillibilité pontificale. Elle n’est qu’ex cathedra, c’est-à-dire quand le Pape s’exprime dans sa fonction pastorale, et sur des questions de foi et de mœurs, sous l’autorité d’un concile. Lorsque les deux derniers conciles ayant évoqué ce sujet, le Concile de Trente, puis Vatican II, s’expriment ainsi (Vatican I n’a rien dit sur cette question), ils confirment, justement, que l’infaillibilité n’a pas manqué au Pape pour ne pas cautionner des persécutions.

Toute autre est la question palestinienne. Elle est géo-politique et ne relève en rien du Magistère. Dès les débuts du christianisme, les chrétiens (qui étaient alors encore largement juifs) ont considéré que l’attachement à la Terre d’Israël était secondaire par rapport à la reconnaissance du véritable Messie, Jésus-Christ, et que sa Bonne Nouvelle concernait toutes les nations. C’est bien pour cela que les judéo-chrétiens ont le plus souvent refusé de prendre les armes contre les Romains et s’associer à la révolte de Bar Kochba, évoquée plus haut, ce qui leur a valu des représailles violentes.

Ce que tient la diplomatie vaticane – mais, encore une fois, c’est une position politique – c’est que, certes, « la Terre Promise n’a été promise qu’aux Juifs », selon le mot de St Jean-Paul II. Mais que les peuples qui y vivent depuis les temps immémoriaux avaient le droit de continuer à vivre sur leur terre et à être citoyens de leur propre Etat, qui respecte leur droit, fut-il un Etat palestinien s’il n’y a pas d’autres solutions. Or, il y a des chrétiens parmi les Palestiniens et ce sont les seuls dont la présence est ininterrompue depuis les débuts de l’Histoire puisque 1) rien ne permet de dire que ce ne sont pas des autochtones ; 2) la présence chrétienne est ininterrompue depuis 2000 ans, alors que celle des Juifs s’est interrompue entre 70 ap. J.-C. et le début du sionisme, et que les conquérants musulmans ne sont arrivés qu’au VIIe siècle.

En outre, les Lieux saints doivent être accessibles à chaque fidèle. Or, les lieux saints chrétiens ne sont, actuellement, pas accessibles, ou avec de très grandes difficultés, aux chrétiens des Territoires palestiniens. L’Eglise ne peut donc pas se satisfaire de la situation actuelle.