Père spi et accompagnateur spi

J’ai lu un article sur les “pères spi”, laissant entendre que le père spi doit obligatoirement être un prêtre, sauf exception pour des laïcs, à condition qu’ils soient « de la trempe de Marthe Robin ». Cela parce qu’il a une grâce spéciale. Qu’en pensez-vous?

Ce genre de propos a de quoi scandaliser et, pour tout dire, nous consterne. En outre, c’est gravement erroné car portant sur de multiples erreurs.

Erreur anthropologique : plus personne de sérieux ne parle de « père spi » dans l’Eglise depuis des décennies. On parle d’accompagnateur spirituel, de directeur spirituel, les plus classiques diront directeur de conscience, justement, parce que ce n’est pas toujours un prêtre. D’ailleurs, St Jean Paul II, par exemple, parle bien d’accompagnement spirituel. Par ailleurs, ne sont évoqués dans la question que les prêtres et les laïcs. On dirait que les intervenants dans cet article n’ont jamais entendu parler de consacrées ou de diacres.

Erreur biblique : la Bible contredit directement cette assertion. Les charismes sont donnés aux uns ou aux autres et non réservés à une catégorie de personnes, y compris le charisme de discernement des esprits, base de l’accompagnement spirituel (1 Co 4-11).

Erreur théologique : dire que les prêtres auraient « une grâce spéciale » d’accompagnement n’est tout simplement pas le Magistère de l’Eglise. Leurs trois missions, les trois munera, sont « annoncer, rassembler, sanctifier », soit la prédication et l’enseignement, le gouvernement et la pastorale, les sacrements et la liturgie. Pas la direction spirituelle.

Erreur spirituelle : d’ailleurs, toute la tradition de l’Eglise le montre : ce n’est pas pour rien que les jésuites, références en matière d’accompagnement spirituel, ne mettent pas certains de leurs compagnons, pourtant prêtres et docteurs en théologie, en situation d’accompagnement spirituel. Ils ne sont juste pas faits pour ça. De même, certains prêtres n’ont pas les facultés pour confesser. A l’inverse, les écrits d’une Ste Thérèse d’Avila, relèvent incontestablement de l’accompagnement spirituel. Elle le dit clairement, par exemple dans l’introduction du Château intérieur et ce n’est pas pour rien qu’elle est Docteur de l’Eglise.

Erreur patristique : souhaitons que les auteurs de l’article lisent les Mères du désert, comme Marie l’Egyptienne. La tradition d’accompagnement par des femmes consacrées ou des diacres (cf. Philippe et l’eunuque en Ac 8, 26-40) remonte aux premiers siècles de l’Eglise.

Erreur ecclésiologique : des maîtresses des novices de certains ordres religieux accompagnent spirituellement leurs novices et des sœurs de la congrégation peuvent continuer à le faire avec les professes. Des religieuses ignaciennes accompagnement des retraitants pendant les « Trente jours » (Exercices spirituels de St Ignace complets en trente jours de silence), y compris des prêtres. Des numéraires de l’Opus Dei, qui sont des laïques, sont directrice spi d’autres numéraires mais aussi d’agrégées, de surnuméraires, de laïques non engagées. Des laïcs charismatiques accompagnent des personnes gravement blessées dans des retraites de guérison, allant jusqu’à mener des prières de libération. Va-t-on expliquer au Prélat de l’Opus Dei, au Préposé général des jésuites, aux supérieures générales de ces congrégations qu’ils ne font pas ce qu’il faut en matière d’accompagnement dans leurs communautés et centres spirituels, parce qu’ils ne se réclament pas de la spiritualité de Marthe Robin?

Erreur éthique: quel manque de charité que de laisser entendre que des retraitants dans une abbaye de moniales, un Carmel, un centre de religieuses ignaciennes, de l’Opus Dei, ne sont pas accompagnés par des personnes qualifiées ! Que de nombreux chrétiens engagés ont été accompagnés par des consacrées, des diacres, des laïcs au MCC, à CVX, au TMLI l’étaient pas des gens illégitimes pour le faire parce qu’ils ou elles ne sont pas tous des Marthe Robin !

Que peut-il sortir de bon de cette limitation des charismes ? Rien. Sauf de priver des fidèles de l’accompagnement spirituel, sous prétexte qu’ils ne trouvent pas de prêtre, alors que des accompagnateurs diacres, consacrées, laïcs tout à fait valables auraient pu les aider. Ces propos d’un cléricalisme étroit ressemblent aussi à des discours qu’on entendait il y a quarante ans sur le Renouveau charismatique : « Ouh la là, ils ne sont pas tous prêtres et ils exercent des charismes. Ils mènent la prière, évangélisent, guérissent… Et accompagnent alors qu’ils ne sont pas tous prêtres. Pas très catholique, tout ça ». Mais on n’arrête pas l’Esprit de discernement.

Père spi et accompagnateur spi
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